5G : « Des risques de distorsion du jeu concurrentiel dans les territoires ultramarins »

Tribune. Dans le fonctionnement des départements d’outre-mer français (DOM), il y a parfois des sujets très sensibles. Parmi eux, la possibilité pour les ultramarins d’accéder à des produits et services comparables à ceux de leurs homologues métropolitains et à des prix raisonnables. Le secteur de la téléphonie est pleinement concerné par ces enjeux.

Dans ces territoires de taille modeste, la concurrence est vive : il y a en moyenne trois opérateurs à la Guadeloupe, à la Guyane et à la Martinique, et même quatre à Mayotte et à La Réunion depuis l’arrivée d’un opérateur local déterminé à bousculer les positions acquises. L’appétit pour la connectivité est particulièrement vif à La Réunion : on n’y dénombre pas moins de 900 000 puces téléphoniques… pour 860 000 habitants !

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On comprend alors d’autant mieux les inquiétudes récentes face à l’annonce par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) d’un changement, dans les DOM, de la méthode d’attribution des « fréquences en or », les bandes basses de 700 MHz précieuses car liées à la 5G. Le nouveau mode d’attribution aux enchères appliqué jusqu’alors uniquement en métropole contraste, en effet, avec les méthodes employées jusqu’ici dans les DOM, beaucoup moins onéreuses et plus « égalitaires » pour les différents candidats.

Une atteinte au jeu de la concurrence

Ce changement est tout sauf neutre, non seulement pour le marché, les consommateurs et les opérateurs, mais plus globalement pour le fonctionnement de l’économie locale. Le risque est ainsi grand de voir la dynamique concurrentielle être freinée. C’est la crainte soulevée à La Réunion par l’opérateur local Zeop, pionnier dans l’émergence de la fibre optique dans l’île et nouvel entrant dans la téléphonie mobile depuis le milieu des années 2010.

Cet acteur a récemment mis en lumière deux difficultés inhérentes à la nouvelle procédure : d’une part, le coût des enchères à suivre pour des candidats dont les envergures financières sont très hétérogènes ; d’autre part, le risque de renforcement des inégalités de capacité entre les acteurs disposant déjà de plusieurs dizaines de MHz et ceux partant de rien.

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En empêchant les opérateurs de se battre à armes égales dans le cadre de leur déploiement, la décision de l’Arcep est donc susceptible de porter atteinte au jeu de la concurrence. Et, sur ce plan, tout retour en arrière serait mal vécu par des ultramarins très attentifs à leur pouvoir d’achat et à la qualité des services qu’ils consomment.

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