« 76 façons d’entrer » : ce que sait Pascale Bouhénic

« 76 façons d’entrer », de Pascale Bouhénic, Gallimard, « L’arbalète », 224 p., 18 €, numérique 13 €.

Qu’elle marche ou qu’elle écrive, Pascale Bouhénic va de l’avant. Et vite ! « Toujours pressée de partir/ Pour aller où ? Qu’importe ! Ficher le camp, prendre la poudre/ D’escampette, jambes à terre/ Filer ! Dehors toujours mieux qu’ici/ Ailleurs pour ne pas séjourner mais/ Courir/ Et plutôt vers le haut/ Projet :/ La vie en haute altitude. » Dans Le Versant de la joie. Fred Astaire, jambes, action (Champ Vallon, 2008), elle composait un portrait en fragments, afin d’« associer l’écriture à la mobilité ». Et dans les douze récits en vers de Boxing Parade (Gallimard, 2011), elle adoptait déjà la vive allure de Georges Perros et l’irrésistible swing de Jacques Réda.

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Cet « impératif tempo » fait merveille dans 76 façons d’entrer, soixante-seize poèmes que lui a inspirés son trésor personnel de « Que sais-je ? » (collection fondée en 1941 par Paul Angoulvent, aux Presses universitaires de France). Des volumes de 128 pages – modèle d’écriture sous contrainte – qui, sous une forme unique, abordent les sujets les plus divers, comme une encyclopédie miniature.

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Butinant « ces petits livres modestes et un peu anodins », elle en tire des miettes de science qui régaleront les esprits curieux de tout. Du peuple des fourmis à l’astronomie sans télescope. Des plus anciens à l’un des plus récents, Histoire des mères et de la maternité en Occident (d’Yvonne Knibiehler, réédition 2017). Les titres n’étant souvent qu’un prétexte pour « ranger sa vie comme une bibliothèque », évoquer famille et voyages, lectures et amitiés (« Je l’appelais Pierre et je le vouvoyais/ Mais je disais Pachet si je parlais de lui »). Dégustation de palourdes avec un frère gourmet et discussions sur la rime avec Jude Stéfan.

« D’objet en objet »

En exergue, une citation de La Fontaine : « Je suis chose légère, et vole à tout sujet ;/ Je vais de fleur en fleur, et d’objet en objet. » Si un distique résume l’Histoire de la chimie, vingt-huit vers effleurent l’Histoire de la poésie française, de Malherbe à Emmanuel Hocquard, de Blaise Cendrars à Pierre Alferi.

Dans ce domaine, Pascale Bouhénic n’est pas née de la dernière pluie. Documentariste, elle a réalisé une quarantaine de films, consacrés, depuis L’Atelier d’écriture de Cadiot (1994), à Roubaud, Novarina, Echenoz : des entretiens qui cernent le processus d’écriture. Avec Marianne Alphant, elle a produit, pour le Centre Pompidou, la série Un œil, une histoire, vouée à de grands historiens de l’art. Mais, humour toujours, les quarante-huit vers qui exposent l’Histoire de la peinture, de Giotto à Goya, sont aussi véloces que la traversée du musée du Louvre au pas de course, dans le film de Godard Bande à part (1964). On apprendra, entre autres, que la pomme de terre est une plante herbacée et que, en 1924, le couturier Jean Patou a créé « un parfum du nom de “Que sais-je ?”/ Noisette et miel, fleur de pêcher ».

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