« A 2 euros, c’est choquant » : le casse-tête des bordeaux premier prix

Rayon des vins rouges de Bordeaux pendant le salon des vins, dans un supermarché Auchan, à Val de Fontenay, le 11 octobre 2019.

La foire aux vins du printemps a réveillé un douloureux dilemme. Le vigneron Franck Dufils s’est ému, sur Europe 1, d’avoir trouvé son vin à 1,67 € chez Lidl. Avec d’autres viticulteurs bordelais qui partageaient sa colère, il a manifesté devant le supermarché de l’enseigne à Libourne, en Gironde, pour alerter sur les pratiques de celle-ci. « Un bordeaux vendu à 3 €, c’est bas mais ça va. A 2 €, c’est choquant, confirme Hervé Grandeau, membre du syndicat des appellations bordeaux et bordeaux supérieur. On ne produit pas des vins AOC pour qu’ils soient vendus à ce prix, cela ternit l’image de notre appellation. »

Sauf que Bordeaux connaît depuis 2019 une mévente, due à la surproduction par rapport à la demande, à la concurrence d’autres régions de vin, à la chute des exportations et à la pandémie. Début 2021, les cuves débordaient. « On répond à une demande, se justifie Michel Biero, directeur exécutif des achats de Lidl. Or cette demande, aujourd’hui, ne vient pas des consommateurs mais des producteurs de bordeaux qui ont besoin de vider leurs cuves ! Dans le négoce, le litre de bordeaux en vrac s’échange à 80 centimes, ce n’est pas le fait de Lidl ! »

Ce distributeur entend démontrer, photos de tracts à l’appui, qu’il est loin d’être le plus agressif sur ce segment. Sur la même foire aux vins, Leclerc proposait (remises déduites) un Château Croix de Terrefort AOC bordeaux à 1,66 €. Chez Auchan, un bordeaux supérieur était remisé à 1,67 € et Le Grand Manoir s’affichait à 1,50 €. Des prix que l’on retrouve plus souvent sur des vins du Rhône, de la Loire ou du Languedoc. Plus largement, ces prix traduisent la crise de fond que connaît la région bordelaise, hors ses grands crus qui font office de vitrine.