A Avignon, Marcos Morau, l’irrationnel pour religion

Neuf interprètes féminines sont en haut de l’affiche de « Sonoma ».

Et le gagnant est… Marcos Morau. L’artiste espagnol clôturera la 75e édition du Festival d’Avignon dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Méconnu du grand public ? Qu’à cela ne tienne. Il suffit d’un tour de piste par le plateau le plus monumental du spectacle vivant pour faire grimper son nom et sa cote. Si le succès est au rendez-vous, évidemment. « C’est un challenge excitant, lance Marcos Morau. Même si l’espace est difficile, il est surtout très beau. J’ai beaucoup appris sur la Cour d’honneur en regardant des maîtres comme le Samoan Lemi Ponifasio ou l’Italien Romeo Castellucci. C’est vraiment “the place to be”. »

Deux ans après un premier passage par Avignon avec Oskara, virée palpitante dans le folklore basque interprétée par la troupe Kukai Dantza, le metteur en scène et chorégraphe installé à Barcelone revient par la grande porte avec Sonoma. La pièce sera jouée cette fois par le collectif pluridisciplinaire La Veronal, qu’il a créé en 2005. Il y pousse un cran plus loin son étude passionnelle des traditions et mythologies espagnoles en s’arrimant à l’œuvre du cinéaste Luis Buñuel (1900-1983). C’est la seconde fois que Morau s’abrite sous l’aile du créateur, déjà présent dans Le Surréalisme au service de la révolution (2016), conçu pour le Ballet de Lorraine.

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« Buñuel est une référence majeure pour la jeune génération d’artistes espagnols, qu’ils soient cinéastes ou autres, explique-t-il. C’est un visionnaire dont la vie et l’héritage sont excitants. Je me sens très proche de lui. Il est né dans un petit village, celui de Calanda, en Aragon, dans le nord de l’Espagne, et moi aussi, à Ontinyent, près de Valence, dans le sud du pays. Comme lui, j’ai été éduqué dans une école catholique de garçons et je suis marqué par la religion. Comme lui, je regarde le passé pour mieux me projeter dans l’avenir. »

Dictature et abus de la religion

Avec 25 pièces à son actif dont une série consacrée à différents pays, comme Russia (2011) ou Islandia (2012), mais aussi des spectacles férocement tatoués par les thèmes de la dictature et des abus de la religion, Marcos Morau a imposé une esthétique intensément froide vite reconnaissable. Riche dans ses images toujours ambivalentes et acérée dans sa mise en scène, son écriture découpe l’espace tétanisé par des lumières flashantes ou cliniques. Le plateau devient la chambre d’écho de visions curieusement formalisées et cadrées, très photogéniques. Mais sous le léché de l’apparence, quelque chose de sauvage et d’inarticulé brûle et cherche à jaillir.

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