A Avignon, quand le hip-hop rencontre les froufrous

Le spectacle « Steps on Strings » au Théâtre des Lucioles.

Mais comment l’un des plus fameux collectifs hip-hop de l’Hexagone depuis le début des années 1990 se retrouve-t-il mis en scène par le chorégraphe de Tutu, virée froufroutante d’hommes enrubannés de tulle ? A première vue aux antipodes, voilà Wanted Posse et Philippe Lafeuille ensemble dans Steps on Strings, spectacle pour quatre interprètes hip-hop et cinq musiciens, à l’affiche jusqu’au 31 juillet, du Théâtre des Lucioles à Avignon (Vaucluse). Sur le plateau, la présence du quatuor Emana, avec le pianiste Arnaud Tibère, le lyrisme musical, les pastilles d’humour piquées ici et là déplacent les exploits hip-hop vers des horizons plus narratifs en conservant la formidable attaque nerveuse des Wanted.

« Un peu d’humour »

Les relations avec les instrumentistes trouvent des issues insolites au gré de déplacements nombreux dans l’espace, de contacts vifs et joueurs entre les interprètes. « Avec ce spectacle, nous voulons toucher le grand public », souligne Njagui Hagbe. Le chorégraphe de Wanted Posse explique cette drôle de rencontre sur scène. « C’est notre deuxième collaboration avec Philippe après Dance N’Speak Easy, en 2018. On a vu Tutu en 2014 à Bobino et on a beaucoup aimé. La mise en scène de la danse, le côté parodique nous ont plu. On s’est dit qu’un peu d’humour dans la pièce que nous projetions serait bien et un challenge pour nous. »

Si la danse classique et contemporaine, le tango comme le haka – danse traditionnelle maorie –, n’ont effectivement aucun secret pour Philippe Lafeuille, patron depuis 1994 de la troupe masculine historique des Chicos Mambo, la culture urbaine n’était pas son rayon. « Il a fallu que j’apprenne les codes, le break au sol et les styles debout, raconte celui qui a monté Tutu, Prix du public 2015 à Avignon « off ». J’ai aussi découvert comment des danseurs de battle fonctionnent, eux qui sont dans la virtuosité et le spectaculaire frontal. J’aime beaucoup d’ailleurs cette puissance du mouvement hip-hop, ce côté show et cette générosité qui donne la danse au public. J’ai conservé ça en les ouvrant au théâtre. »

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Sur la table des champions du monde en 2001 au Battle of The Year, compétition de premier plan, le chorégraphe des Wanted a chargé Lafeuille de travailler la voix, le jeu d’acteur… Sans lâcher sur la signature esthétique de sa troupe. « Notre couleur, c’est le mélange de break, de house dance, avec toujours l’influence manga, note Njagui Hagbe. On veut évoluer comme on le fait depuis nos débuts, loin de notre confort. On participe à des battles et on fait des créations. On danse dans des clips et des comédies musicales. »

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