A Bagnolet, La Ressourcerie recycle les décors de cinéma

A la Ressourcerie du cinéma, à Bagnolet, le 28 juin 2021.

A l’angle de la rue de la Liberté et de la rue de l’Egalité à Bagnolet, dans l’est de Paris, des bruits de scies sortent depuis six mois d’un hangar de 400 mètres carrés, rempli de tonnes de bois de toutes tailles et de toutes formes. A première vue, une menuiserie classique. Mais il faut s’y attarder, ouvrir les yeux, pour y découvrir d’autres objets épars, presque égarés au milieu de tout ce bois. Une fontaine en fonte qui semble d’une autre époque, un piano, une vieille caméra…

Un peu plus loin, des dizaines de portes d’hôpitaux à battants qui viennent tout droit… du film De son vivant, d’Emmanuelle Bercot, présenté en Sélection officielle hors compétition au Festival de Cannes. Un hôpital fait office de décor central de ce long-métrage où Catherine Deneuve joue le rôle d’une mère qui doit faire face à la maladie de son fils.

Escape game et court-métrage

Désormais, ces éléments sont stockés dans un hangar de La Ressourcerie, où les membres de cette association entreposent depuis six mois les décors de films ou de séries dès la fin des tournages. Peu de petit mobilier, mais des pièces imposantes. Essentiellement des panneaux de bois qui servent à construire des murs, nommés « feuilles décor » dans le milieu, sur lesquels sont fixés des tissus ou qui ont été peints selon la volonté du chef décorateur. Mais aussi des fenêtres, des portes ou des moquettes.

« Depuis trente ans, avec l’augmentation du coût du foncier en France et le coup peu élevé des matériaux, les productions aiment mieux jeter que conserver. » Karine d’Orlan de Polignac, une des fondatrices de La Ressourcerie

Certaines parties du décor sont louées, d’autres vendues à différents secteurs : cinéma, théâtre, événementiel, mais aussi à des architectes, à des étudiants ou à des particuliers. Les imposantes portes de l’hôpital du film d’Emmanuelle Bercot ont presque déjà toutes disparu, dispersées entre un escape game et un court-métrage… Des décors qui n’ont parfois servi que quelques minutes. Si l’association ne les avait pas récupérés, l’intégralité aurait été jetée.

« Un désastre écologique… Un film produit en moyenne environ 15 tonnes de déchets, dont 70 % de bois, explique Karine d’Orlan de Polignac, une des fondatrices de La Ressourcerie. Autrefois, les décors étaient stockés dans les studios de cinéma et réutilisés. Mais depuis trente ans, avec l’augmentation du coût du foncier en France et le coup peu élevé des matériaux, les productions aiment mieux jeter que conserver. »

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