A bord des cars Macron, la France à très petite vitesse

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Publié aujourd’hui à 05h00

Il faut le savoir qu’elle se terre là-bas, au bout du parc, derrière l’AccorHotels Arena, dans ce vaste hangar, ventre fatigué sous les tags et néons : la gare routière de Paris-Bercy. Lille, Rennes, Barcelone, Venise… Ce dimanche de septembre, la fourmilière, centre névralgique des Flixbus et Blablacar, absorbe et recrache ses passagers engourdis. Faute de bancs suffisants, l’attente s’improvise sur les valises, au sol contre les distributeurs évidés, ou dehors avec les adeptes des barres de musculation. Chassé-croisé cadencé des autocars, contrôle pressé des QR codes et des billets, redémarrage pied au plancher…

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

« Pas le transport des “premiers de cordée” », ironise Alexandra Lombart, 28 ans, rencontrée dans le Flixbus Lyon-Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) qui la transporte chez ses parents. Les « cars Macron », comme on les appelle, cette jeune fonctionnaire dans un musée lyonnais les a adoptés dès la première heure, lorsque, en août 2015, celui qui était alors ministre de l’économie libéralisait le transport de voyageurs par autocar longue distance.

La gare routière de Lyon-Perrache, à Lyon, le 13 septembre 2021. La « loi Macron » de 2015 a libéralisé le transport de voyageurs par autocar longue distance.

L’ex-locataire de Bercy en avait fait un symbole : cette mesure pourrait créer des « dizaines de milliers d’emplois », desservir des territoires mal connectés par le train tout en limitant l’impact carbone des voitures individuelles et, surtout, permettre aux « pauvres » de « voyager plus facilement »une formule peu goûtée à l’époque. Six ans plus tard, le bilan du secteur dit des lignes de « services librement organisés », dominé en France par la start-up allemande Flixbus et le français Blablacar, est mitigé. Toujours pas rentable, laissant derrière lui des faillites, il a été percuté par la crise du Covid-19 – même si la fréquentation reprend. Mais, avec un maillage important du territoire – 275 villes desservies en France courant 2020, selon l’Autorité de régulation des transports – et malgré des zones peu denses non couvertes, l’offre a en effet facilité la mobilité de ceux qui ne voyageaient pas ou peu.

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« Sans ces cars à petits prix, y compris à la dernière minute, je n’aurais pas pu rentrer si souvent, même avec ma carte jeune SNCF », constate Alexandra Lombart, qui a vu les billets TER de sa ligne prendre 5 euros en huit ans : 22,70 euros aujourd’hui sans carte de réduction, contre des Flixbus qui peuvent attaquer à 2,99 euros. « Pas négligeable quand on compte. » Son copain et elle économisent pour leur premier achat immobilier. Ils voudraient habiter dans un coin desservi par une gare, « mais ça fait grimper les prix ». Issue d’une famille modeste sans voiture, la jeune fonctionnaire retrouve dans les cars Macron ce qu’offrait autrefois le « camping roulant des trains couchettes » : « accéder au voyage, aller loin, comme ceux qui ont les moyens ». Elle a ainsi visité Milan « pour rien du tout ».

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