A Bordeaux, la Guinguette Chez Alriq, des musiques du monde sous les lampions

La Guinguette Chez Alriq, sur les bords de la Garonne, à Bordeaux, en juin 2017.

C’est une guinguette, avec lampions et cabanons, un spot saisonnier ouvert de mai à septembre en bord de Garonne. Elle porte le nom d’Alriq, celui qui l’a créée il y a trente ans, avec Rose, sa compagne, après avoir récupéré un terrain en jachère entre des hangars désaffectés sur le quai des Queyries et obtenu l’autorisation du port autonome de Bordeaux (Gironde). Depuis la place Stalingrad où vous laisse le tram, la Guinguette Chez Alriq est accessible à pied. Une marche de dix minutes avec vue sur les façades de la Place de la Bourse, la fontaine des Trois Grâces et le Miroir d’eau, de l’autre côté du fleuve.

On y vient pour écouter de la musique, voir un spectacle ou juste boire un verre et grignoter un morceau à la bonne franquette – le moules-frites tient la vedette. L’endroit ne paye pas de mine mais quand, aiguillé par des amis Bordelais, je l’ai découvert il y a une dizaine d’années, le charme et la décontraction de cet espace populaire proposant des concerts m’ont séduit.

Ici, on est bien loin de la frime des bars et restaurants du quai bétonné d’en face. Planqué derrière son rideau d’arbres, le site ne s’y devine que quand le vent, en agitant les feuillages, fait apparaître une loupiote colorée ou apporte quelques bribes de rythmes et de mélodies.

Des sonorités exotiques

En 2013 pourtant, son histoire a bien failli se clore brutalement. Un arrêté préfectoral ordonnait sa fermeture, à la suite d’une inspection sanitaire révélant des manquements aux règles d’hygiène. Une mise aux normes fut lancée, une nouvelle équipe se constitua autour de Virginie Alriq, la nièce. Après un an d’arrêt forcé, l’aventure redémarre. Jeunes et vétérans, bobos, babas, lookés ou pas, familles et groupes d’amis, filles en « soirées copines » : le public qui fréquente le lieu est varié. Certains dansent, quand d’autres ne se soucient guère de ce qui se passe sur scène.

Le prix d’entrée reste modique, alors on vient là juste pour passer un moment dans ce coin de presque campagne. Le son écorche parfois les oreilles exigeantes et gêne les conversations. C’est celui des maquis et des bals poussière en Afrique, des dancings populaires en Amérique latine, des fiestas de quartier à Cuba. Dans cette guinguette, quand la musique essore les corps, elle s’appelle Maloya (les Réunionnais Danyèl Waro et Lindigo), rock mandingue (Bamba Wassoulou Groove), pizzica (la chanteuse italienne Maria Mazzotta), klezmer (Amsterdam Klezmer Band)…

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Au début des années 1990, après l’ouverture, Taraf de Haïdouks, le groupe tsigane le plus célèbre de Roumanie, héros du documentaire Latcho Drom de Tony Gatlif (1993), s’y produisait régulièrement. On les logeait sur place, sous des tentes. C’était, paraît-il, l’un des endroits favoris de ces infatigables fêtards. Chez Alriq, il y a ceux qui connaissent tous ces musiciens et chanteurs – la plupart sont déjà passés dans des salles ou des festivals du coin – et le nom des musiques qu’ils transmettent. Et puis tous les autres, à qui celles-ci résonnent comme des sonorités exotiques. A ceux-là, l’étiquette importe peu, pourvu qu’il y ait ivresse.

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