A Cannes, la révolution hongkongaise fait entendre sa voix

Le réalisateur Kiwi Chow, le 18 juin 2021, à Kwun Tong, un quartier de Hongkong.

Avant les premières images, un texte prévient à l’écran que les visages des protagonistes du film apparaîtront pour la plupart entièrement masqués et que leurs voix ont été modifiées. D’autres, pour témoigner, ont choisi des pseudonymes ou sont joués par des acteurs. Le générique de fin informe qu’il est incomplet et que les noms inscrits ont été modifiés afin de protéger l’équipe technique. Le spectateur, à ce moment-là, est sonné, le corps presque rompu, après deux heures et demie de barricades, de fumée lacrymogène, de tirs, de flammes, de passages à tabac, de cris, de larmes et de sang.

Tout ce à quoi ont dû faire face, en 2019 et durant des mois, des centaines de milliers (jusqu’à deux millions) de manifestants pro-démocratie hongkongais déterminés à mener leur révolution contre le gouvernement et la puissance tutélaire chinoise. Soumise à une répression policière d’une violence et d’une brutalité inouïes, la jeunesse, soutenue par des plus âgés, a tenu durant des mois. C’est cette lutte au cœur des affrontements qu’a filmée, de juin à novembre 2019, le cinéaste originaire de Hongkong Kiwi Chow (avec l’aide d’autres réalisateurs aux noms tus), dont le film documentaire hautement politique, Revolution of Our Times, a été ajouté, en toute dernière minute, vendredi 16 juillet, à la programmation du Festival de Cannes.

« Profonde gratitude »

Avant la projection, le délégué général du festival, Thierry Frémaux, s’est défendu d’avoir voulu jouer la surprise et n’a pas souhaité valider la thèse selon laquelle l’arrivée tardive et presque secrète du film aurait été volontairement planifiée dans le but de protéger le cinéaste. « Le film, sur lequel nous nous étions engagés dès les premières images qui nous ont été envoyées, a tout simplement failli ne pas être prêt pour Cannes. Et nous avons su qu’il l’était il y a quelques jours seulement. Nous sommes heureux et fiers de présenter ce film à Cannes, pour montrer un moment important des événements mondiaux. »

Le cinéaste, qui a exprimé sa « profonde gratitude à Cannes », dit avoir réalisé ce film pour tenter d’aider le mouvement à vivre. « Avoir une première à ce festival est une bonne occasion de faire savoir au monde qu’il y a encore des gens qui persistent à Hongkong », a-t-il déclaré à l’agence Reuters. Cette présence ici sera un réconfort pour de nombreux Hongkongais. »

Le gouvernement de Hongkong a récemment promulgué de nouvelles directives autorisant les autorités à censurer les films au nom de la sauvegarde de la sécurité nationale. Parmi les manifestants que l’on voit dans Revolution of Our Times, des centaines ont été arrêtés et emprisonnés, certains se sont exilés. Et de plein d’autres, l’équipe du film est sans nouvelles. A Cannes, leurs voix se sont fait entendre.