A Cannes, Spike Lee et son jury font le pari de la jeunesse

Vincent Lindon, Julia Ducournau et Agathe Rousselle lors de la montée des marches à la soirée de clôture du Festival de Cannes 2021, le 17 juillet 2021.

Le dévoilement, dès le début de la cérémonie de clôture du 74e Festival de Cannes, de la Palme d’or à Titane, par un Spike Lee étrangement déboussolé, fait une conclusion logiquement illogique à cette édition hors normes, de quelque côté qu’on la considère : palmarès, déroulement, conditions matérielles.

Lors de la conférence de presse qui a suivi cette cérémonie chaotique et chaleureuse, l’une des jurées, l’actrice américaine Maggie Gyllenhaal, a convenu qu’aucun film n’avait fait l’unanimité parmi les jurés. Une série de fractures qui reflétait les discussions acharnées entre professionnels qui ont suivi presque toutes les projections des vingt-quatre films de la compétition, qui chacun ont provoqué des divisions profondes – y compris au sein de cette rédaction – et des accords inattendus. Ainsi, les interventions de Spike Lee et de Mylène Farmer lors de la conférence de presse ont laissé entrevoir la constitution d’une alliance entre le réalisateur de Malcolm X et la créatrice de Libertine.

Quoi qu’il en soit, le couronnement de Titane double, voire triple le pourcentage de femmes ayant reçu la Palme d’or. La Française Julia Ducournau est la première réalisatrice à recevoir cette récompense à part entière. En 1993, Jane Campion (La Leçon de piano) avait partagé la sienne avec le Chinois Chen Kaige (Adieu ma concubine). La lauréate se distingue de ses prédécesseurs par son genre, mais aussi par son âge : à 37 ans, elle est plus jeune, voire beaucoup plus jeune que Bong Joon-ho, Hirokazu Kore-eda, Ruben Ostlund ou Ken Loach.

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Ce palmarès, qui a partagé une récompense – le Grand Prix – entre deux films quasiment antagonistes (l’austère Un héros, d’Asghar Farhadi, et le sensuel et joyeux, Compartiment n° 6, de Juho Kuosmanen), s’est dispersé au gré de ses divisions sur toutes les surfaces esthétiques de la planète cinéma.

Pari sur l’avenir

L’important, cette année, est ailleurs, dans le renouvellement. Parmi les réalisateurs des films récompensés, un seul, Apichatpong Weerasethakul, Prix du jury pour Memoria, ex aequo avec Le Genou d’Ahed, de Nadav Lapid, a déjà reçu une récompense à Cannes.

Cette sensation de jeunesse est contagieuse : Leos Carax, Prix de la mise en scène pour Annette, avait présenté son premier film en compétition, Pola X, en 1999 et pourtant la récompense décernée à sa comédie musicale, reçue par les frères Mael – les Sparks –, auteurs de la partition et des lyrics, apparaît aussi comme une innovation.

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