A Chaillot, entrez dans la danse (virtuelle) avec Blanca Li

« Le Bal de Paris », de Blanca Li, à Chaillot-Théâtre national de la danse, à Paris.

« On a marché des kilomètres sans bouger d’ici ? », s’étonne une participante du spectacle immersif Le Bal de Paris, en ôtant son casque VR (réalité virtuelle). Les yeux comme des soucoupes, elle émerge, ébouriffée, d’un autre monde, en ayant complètement oublié le studio du Théâtre national de Chaillot, à Paris, d’où elle a décollé il y a trente minutes. « C’est vrai, c’est fou, rétorque un homme, tout aussi épaté. On a pris l’ascenseur, on est montés sur un bateau, on s’est perdus dans un jardin labyrinthe, et nous revoilà au même endroit. Je pensais qu’on avait au moins fait le tour de Chaillot ! »

Le Bal de Paris, nouvelle expérience en VR imaginée et écrite par la chorégraphe espagnole Blanca Li, est un phénomène. Conçue pour un groupe de neuf spectateurs, lestés d’un ordinateur porté en sac à dos, bardés de capteurs aux poignets et aux mollets, cette déambulation bluffante, qui se déroule dans un espace de 10 mètres sur 10, en met plein les mirettes. Par le dynamisme de son imaginaire, la richesse de ses animations, la multiplicité de ses rebondissements, cette fête tient ses promesses. Rien que le fait de choisir sa robe ou son costume – Chanel, s’il vous plaît ! – et son avatar – lapin, ours ou cerf ? – se révèle un jeu délicieux.

Univers mirifique

L’éblouissement devant un univers mirifique, peuplé d’animaux et de créatures jamais vus dans des paysages fantastiques, est ici particulièrement intense. Sans avoir le temps de dire ouf, on bascule d’une valse viennoise à un french cancan, d’une croisière au milieu des sirènes à une soirée au cabaret. Les sensations physiques se bousculent comme dans tout voyage en VR. Vertige, perte de repères spatiaux, perception déboussolée, sentiment de dématérialisation, en mode douceur : trouble de l’échelle des grandeurs… Si le scénario – une histoire d’amour et de retrouvailles – fait dans le sirop sentimental, on l’oublie heureusement assez vite tant on est happé par les situations et les décors qui s’enchaînent.

De visiteur, le participant devient acteur et héros de ce « Bal de Paris » pétillant comme une comédie musicale

Au regard d’autres créations connectées, dont l’inoubliable VR_I (2017), du chorégraphe suisse Gilles Jobin, Le Bal de Paris ajoute un paramètre : le vivant. Trois interprètes en chair et en os, métamorphosés en avatars, se glissent au milieu des images numériques et dansent. Sur des chansons et des musiques de Tao Gutierrez, ils interagissent aussi avec les neuf spectateurs, les prenant par la main pour une ronde ou un pas de deux, les aidant aussi parfois à s’abandonner aux illusions visuelles. De visiteur, le participant devient acteur et héros de ce Bal de Paris pétillant comme une comédie musicale.

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