A Clichy, la Maison du peuple passe sous pavillon privé

La Maison du peuple et le marché de Lorraine, à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), en octobre 2020.

Il est plus de minuit, mardi 29 juin, lorsque la décision tombe à l’hôtel de ville de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) à l’issue du conseil municipal : la Maison du peuple va être déclassée du domaine public et cédée à la future société formée par le Groupe Alain Ducasse et la financière Apsys pour y installer la manufacture du célèbre restaurateur. « Nous sommes atterrés », déclarent les membres de l’association Quartier Maison du peuple, qui militent pour sa réhabilitation.

Construite dans les années 1930 pour couvrir le marché de Lorraine, cette bâtisse de 4 000 mètres carrés a été conçue par les architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods, assistés de l’ingénieur Vladimir Bodiansky et des ateliers de Jean Prouvé. Associant métal et verre, son maître-mot est la mobilité. Avec ses cloisons coulissantes, ses planchers amovibles et sa verrière de toit modulable, elle constitue l’un des premiers bâtiments fonctionnels transformables, ce qui lui vaut d’être classée monument historique en 1983. Cette particularité attire des architectes du monde entier : « Depuis quatre-vingts ans que je vis ici, j’en ai bien reçu une cinquantaine chez moi !, explique Marie-Claude Desmet, dont le logement offre une vue imprenable sur la Maison du peuple. Pour eux, c’est une référence ! »

Lire la Tribune de 2019 : « Il faut envoyer la Maison du peuple à la ferraille »

« Devant le fait accompli »

Depuis quinze ans, le sort de cet édifice emblématique de la ville fait l’objet d’âpres débats. Le dernier projet en date, une tour de 96 mètres de haut intégrée au bâtiment, était porté par le groupe Duval et l’architecte Rudy Ricciotti. Il a été enterré en 2019 après un veto de Franck Riester, alors ministre de la culture.

Laurence Macé, présidente de l’association Quartier Maison du peuple : « Nous réfléchissons depuis trois ans à un moyen d’en faire un bâtiment à la fois rentable et ouvert au public, ce qui est sa fonction première »

Depuis, « c’était le silence radio. Malgré nos sollicitations, nous n’avons jamais été tenus informés », déplore Laurence Macé, présidente de l’association Quartier Maison du peuple. C’est par voie d’affichage publique qu’elle apprend, le 23 juin, le vote du déclassement et de la cession du bâtiment au conseil municipal suivant. « Nous avons été mis devant le fait accompli sans jamais avoir été reçus par le maire. Pourtant, nous réfléchissons depuis trois ans à un moyen d’en faire un bâtiment à la fois rentable et ouvert au public, ce qui est sa fonction première. »

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