À Draguignan, l’exposition « Ulysse, voyage dans une Méditerranée de légendes », nouvelle étape de l’errance d’Ulysse

« Ulysse et les sirènes », Etrurie, IIe siècle av. J-C., urne cinéraire en albâtre polychrome.

Jusqu’à cette année, la ville de Draguignan (Var) était principalement connue pour ses deux écoles militaires, l’une d’infanterie et l’autre d’artillerie. Elle devrait l’être désormais pour son Hôtel départemental des expositions du Var, abrégé en HDE Var. Ce nouveau lieu culturel a été aménagé à partir d’un bâtiment construit en 1890 pour les archives du Var, à proximité du monumental palais préfectoral élevé en 1830, au temps où Draguignan était préfecture.

L’architecte Frédéric Pasqualini a enveloppé l’immeuble de pierre, dont la façade sur rue demeure intacte, d’un exosquelette de béton pour y loger l’escalator qui relie les trois niveaux de salles d’exposition, pour une superficie totale de 650 mètres carrés. Avec un budget plutôt modeste de 6,8 millions d’euros, la ville dispose donc désormais d’un instrument culturel efficace. Bien des villes de même taille suivraient avantageusement cet exemple.

Quelques toiles symbolistes de la deuxième moitié du XIXe siècle relèvent d’un pompiérisme plaisant à force d’emphase

Le bâtiment devait être inauguré en janvier mais, pandémie oblige, il vient de l’être et l’exposition d’ouverture qui devait finir en mai a été déplacée pour durer tout l’été. Elle a pour héros Ulysse, le voyageur infatigable et subtil de l’Odyssée dont le retour jusqu’à l’île d’Ithaque, dont il est roi, et à son épouse Pénélope dure une décennie : les vingt-quatre chants écrits par Homère vers le VIIIe siècle av. J.-C., œuvre majeure de la littérature et foisonnement de sujets pour les arts, de l’Antiquité à aujourd’hui.

Grèce et peinture symboliste

Cette abondance est à la fois la raison, la difficulté et la chance de l’exposition. La raison : l’iconographie odysséenne est un sujet d’étude des plus consistants, l’occasion d’observer les persistances et les modifications des représentations inspirées par le poème. La difficulté : du XVIe au XIXe siècle, ces représentations, par la peinture, la gravure et la sculpture, sont d’autant plus nombreuses que l’Odyssée, chef-d’œuvre universellement connu et traduit, offre quantité de situations intéressantes à figurer, des métamorphoses de Circé la magicienne aux ruses de Pénélope tissant et détissant sa tapisserie et au règlement de comptes final, quand un Ulysse peu enclin au pardon liquide tous ceux qui prétendaient épouser sa veuve supposée avec cet arc qu’il est le seul à savoir tendre et dont il fait un usage ravageur.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Festival d’Avignon : le voyage d’Ulysse, d’hier à aujourd’hui

Un inventaire exhaustif est donc impossible : il exigerait des prêts difficiles à obtenir et une superficie très supérieure à celle dont disposait le commissaire de l’exposition, l’historien de l’art Milan Garcin. Mais, dans cette abondance, il y avait à trouver pour lui des œuvres peu connues et il y est parvenu en puisant principalement dans deux types de représentations : les vases peints et la sculpture de la Grèce ancienne d’une part, la peinture académique ou symboliste de la seconde moitié du XIXe siècle d’autre part. De cette seconde catégorie relèvent quelques toiles d’un pompiérisme plaisant à force d’emphase : le dramatique Ulysse reconnu par Euryclée (1849), de Gustave Boulanger, la Reconnaissance d’Ulysse et de Télémaque (1880), du peu connu Lionel Royer, ou Ulysse et les sirènes (1909), d’Herbert James Draper, aussi peu connu. Ils sont la version cinématographique par anticipation de l’Odyssée dont les œuvres de Johann Heinrich Füssli ou Odilon Redon sont les versions oniriques, moins spectaculaires et plus émouvantes.

Il vous reste 42.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.