A la COP26, « l’Europe et la France doivent devenir des forces diplomatiques pour le climat »

Tribune. La COP26 sera un moment de clarification dans la jeune histoire de l’accord de Paris. L’enjeu est de remédier à trois manquements qui menacent aujourd’hui son esprit : manque d’ambition, manque de solidarité et manque de plans concrets qui engagent dès demain. Pourquoi cette COP, sans aucun doute la plus importante depuis la COP21, fait-elle l’objet d’attentes si particulières ? C’est d’abord le moment de l’application effective de l’accord de Paris, prenant le relais du protocole de Kyoto. C’est aussi le premier test du « mécanisme pour rehausser l’ambition », élément central de l’accord selon lequel les Etats s’engagent à revoir leurs objectifs à la hausse tous les cinq ans.

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Le constat est sévère : alors que cette COP se déroule avec un an de retard dû à la pandémie, nous sommes encore loin du compte en matière d’ambition. En effet, la somme de nos engagements actuels nous mène plutôt à une trajectoire de 2,7 °C de réchauffement d’ici à la fin du siècle, et non pas le seuil de 1,5 °C prévu dans l’accord de Paris. Un constat sombre, donc. Les pays du G20 ont un rôle-clé à jouer car les plus grandes économies sont toutes coupables d’une manière ou d’une autre de ce déficit d’ambition à l’aune de l’urgence climatique. Même les pays européens, en théorie parmi les plus ambitieux, sont en retard.

Au total, quatre cours de justice (Pays-Bas, Allemagne, Belgique et France) ont rappelé à leur gouvernement que leurs politiques n’étaient pas conformes aux engagements pris à Paris. A la COP26, la France, aux côtés des autres pays européens, doit se battre pour que le processus s’accélère et que la revue à la hausse des engagements devienne un processus continu. Nous avons perdu cinq ans, sous l’influence de l’administration de Trump et la crise du Covid-19.

Multilatéralisme et solidarité

Lors de la COP26, la France doit aussi se faire la championne de la solidarité internationale qui fait cruellement défaut. Or l’équilibre de l’accord de Paris repose sur le multilatéralisme et la solidarité envers les pays les plus vulnérables, premiers à payer le prix d’un modèle économique qui est rarement le leur. Les pays développés, dont la France, se sont engagés dans le cadre des négociations à mobiliser 100 milliards de dollars (86 milliards d’euros) par an pour répondre aux besoins de ces pays pour réduire leurs émissions et s’adapter aux impacts du changement climatique. Ce chiffre est un minimum symbolique dont on se rapproche tant bien que mal, et ce alors que ces mêmes gouvernements ont mobilisé des centaines de milliards pour leurs propres relances économiques. Ce décalage lance un très mauvais signal avant les négociations.

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