A la Foire de Bâle, le retour des anciens et des affaires

Les artistes Georg Baselitz, Jack Pierson et Tony Cragg représentés par la galerie Thaddaeus Ropac à la foire d’art moderne et contemporain de Bâle (Suisse), en septembre 2021.

L’un des pavillons les plus remarqués d’Art Basel est situé hors-les-murs, dans le petit parc qui fait face à la foire d’art moderne et contemporain. C’est une grande tente, installée à l’emplacement habituellement occupé par le chapiteau du cirque Knie, un des plus populaires en Suisse, qui s’y produit en juin, date coutumière d’Art Basel. Mais, pandémie oblige, celle-ci a décalé son ouverture à ce mois de septembre et le pavillon permet de vérifier que tous les visiteurs sont bien en possession d’un passe sanitaire ou d’un test valide. Cette formalité accomplie, on les dote d’un petit bracelet qui leur servira de sésame pour tout leur séjour.

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Rien d’inhabituel pour les Suisses : ils doivent présenter leur passe (et une pièce d’identité) dans les bars, les restaurants, les hôtels… Certains visiteurs étrangers sont plus étonnés, d’autant que le coût des tests est très élevé. D’autres, qui n’ont pas de problèmes d’argent, ont toutefois préféré ne pas venir, soit parce que les quarantaines imposées au retour au pays sont contraignantes (c’est le cas notamment des Asiatiques), soit par peur d’une contamination. Et de fait, les annulations des visiteurs habituels ont été nombreuses, et on sera loin des affluences d’autrefois – autour de 90 000 entrées chaque année.

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La quasi-absence d’Américains et d’Asiatiques faisait peser une incertitude sur les galeristes présents à la foire : ils représentent près de 80 % des acheteurs ! Mais deux facteurs ont contribué à rassurer : les ventes à distance, développées durant le confinement, sont désormais entrées dans les mœurs, bien des transactions se concluant en vidéo ; et le retour massif des collectionneurs européens, mais également suisses, que l’énorme caravansérail devenu la norme les années précédentes effrayait.

Pièces historiques

Les observateurs parmi les plus anciens se sentaient revenus trente ans en arrière, quand la foire, qui était déjà la plus belle du monde, attirait un public bien plus restreint, mais de réels amateurs, des connaisseurs parfois, qui presque tous achetaient des œuvres. De fait, les ventes, surtout le premier jour, ont été d’une surprenante vigueur. Marcel Fleiss, de la galerie 1900-2000, affirme ainsi avoir fait son plus gros chiffre d’affaires en quarante ans de présence, dans la demi-heure qui a suivi l’ouverture de la foire.

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Il faut dire qu’il présentait (entre autres) deux œuvres de Marcel Duchamp, aussitôt vendues pour une somme plus que rondelette, dans un stand qui affichait ses ambitions historiques : chaque œuvre était accrochée au-dessus d’une vitrine où étaient exposés les catalogues des expositions, parfois mythiques, où elle avait figuré. Et les provenances étaient tout aussi affriolantes : on savait ainsi que Pontus Hulten, le premier directeur du Centre Pompidou, avait une réputation de « père fouettard », mais on ignorait que le peintre Larry Rivers l’avait immortalisé dans un dessin des plus croquignolesques où il joue du martinet.

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