A la foire Photo London, une tendance insulaire très marquée

« Going Home », de Benji Reid, exposé par l’October Gallery à la foire Photo London.

Mercredi 8 septembre, un soleil radieux brillait sur la sixième édition de Photo London, à Somerset House. Dans cet ancien hôtel des impôts, le public londonien, miné par un été désespérément pluvieux, faisait fi de la pandémie de Covid-19, qui a reporté par trois fois cette foire britannique consacrée à l’image fixe. S’employant à revivre comme si le variant Delta avait disparu, un visiteur sur deux déambulait sans masque. Visages découverts, champagne, Campari et « small talk » : la foire avait indéniablement le goût du « monde d’avant », à ce détail près : la clientèle internationale n’était pas vraiment de la fête. Malgré tout, ses organisateurs, Fariba Farshad et Michael Benson, se rassuraient de la présence des collectionneurs londoniens.

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« Les gens ont faim d’art », renchérit le galeriste Thierry Bigaignon, qui participe pour la première fois au show londonien, avec notamment les photographies très picturales de Catherine Balet. Comme sa consœur Esther Woerdehoff, il fait partie des rares galeries étrangères – à peine 15 sur 88 exposants – à avoir enduré à la fois les fastidieuses formalités liées au Covid-19 (passe sanitaire, test négatif avant et après le séjour…) et la contrariante paperasse douanière post-Brexit. « Avant, je prenais un van et j’emmenais moi-même les photos. Depuis le Brexit, ce n’est plus possible », soupire Marie Gomis-Trezise, de la galerie bruxelloise Number 8, qui présente dans la section « Discovery » les photos de l’Austro-Nigérian David Uzochukwu.

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La foire a toutefois convaincu quelques bons marchands britanniques, redécouvrant les charmes du localisme sous l’effet des restrictions de voyage. Ainsi, l’excellente galerie Richard Saltoun s’est-elle décidée mi-août à en être, après avoir dû renoncer à New York et son Armory Show. Spécialisé dans le « revival » des artistes femmes, le galeriste londonien présente aussi bien le travail sur le corps de la féministe autrichienne Renate Bertlmann qu’une série de photos vintage datées de 1976, documentant une performance de Marina Abramovic et Ulay.

De Churchill à Kate Moss

Sans afficher encore de résultats sonnants et trébuchants, Elisabeth Lalouschek, directrice d’October Gallery, semblait ravie de sa première participation. « On a fait beaucoup de salons virtuels depuis un an et demi, rapporte-t-elle, mais il n’y a pas à dire, on vend bien mieux en réel ! » Spécialisée dans les artistes africains, elle espérait faire un carton avec les acrobaties chromatiques de Benji Reid qui explore les questions de race et d’identité. Le salon met d’ailleurs à l’honneur de nombreux photographes africains ou de la black photography britannique. Ainsi de la Londonienne Heather Agyepong, qui détourne l’imagerie du « cake-walk », une danse imaginée par les esclaves noirs pour se moquer des maîtres blancs. Ou encore le Ghanéen James Barnor, à l’affiche chez Clémentine de la Féronnière, et au même moment à la Serpentine Gallery.

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