A la recherche de l’oiseau chanteur dans les prairies angevines

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Publié aujourd’hui à 18h00

Mais qui l’a vu ? Dans les basses vallées angevines, qui s’étendent sur 9 000 hectares en amont d’Angers, le long de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir, bienheureux ceux qui ont surpris un râle des genêts. En ce début de juin, période de comptage, les initiés s’interrogent les uns les autres : « Il y en a combien cette année ? » C’est que l’oiseau est discret.

Au centre de l’île Saint-Aubin, un chemin reliant la Maison de l’île au petit port abritant le bac à traction.

Haut de 30 centimètres, brun jaunâtre strié de noir, il se camoufle ainsi dans les hautes herbes des prairies inondables qui bordent les trois rivières. Pour le dénombrer, il faut épier la nuit le cri des mâles en parade, les « chanteurs », qui porte jusqu’à plusieurs centaines de mètres. Ce raclement guttural imite à merveille son nom latin Crex crex. « Malheureusement, le râle n’est pas beau et son chant n’est pas merveilleux », s’excuse presque Aurélie Dumont, coordinatrice, pour Angers Loire Métropole, du dispositif Natura 2000, qui couvre les basses vallées depuis 2004.

Pour sa reproduction, le râle a besoin de ce paysage ouvert, inondé l’hiver et dans lequel les graminées poussent et fleurissent à la décrue.

Si le râle des genêts n’a pas les atours d’une star de la biodiversité, il est pourtant ici au centre de toutes les attentions. Ces prairies agricoles humides, le long desquelles randonneurs et cyclistes circulent à la belle saison, constituent le dernier bastion hexagonal du migrateur. Il s’y reproduit de la fin du printemps au début de l’été, avant de s’envoler, en septembre, vers l’Afrique centrale.

Au début du XXe siècle, l’espèce était répandue sur presque tout le territoire français. Reine Dupas, présidente de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Anjou le sait bien. « Ma mère est née à l’orée des années 1930, sur une île de la Loire : le chant du râle a bercé son enfance. Il y a une vingtaine d’années, on pouvait encore les y entendre », se rappelle-t-elle. Mais la destruction des zones humides et l’intensification agricole ont eu raison des chanteurs. En moins d’un demi-siècle, l’espèce a perdu 96 % de ses effectifs. Les basses vallées angevines sont restées un archipel, tout en subissant l’hécatombe. De quelque 350 râles au milieu des années 1980, on n’en compte plus qu’une cinquantaine, l’effectif national le plus important, dont le cri est surveillé comme une mélodie rare.

Brochets et oies cendrées

Pour que ses notes ne se perdent pas, un pacte lie depuis vingt ans plusieurs acteurs essentiels à la survie de l’oiseau : naturalistes, chasseurs, agriculteurs et collectivités. Il fut scellé sur l’île Saint-Aubin, en forme de cœur, au nord d’Angers. Pour atteindre sa pointe, il faut remonter l’ancien chemin de halage de la Mayenne, dans l’ombre des frênes. A gauche, une aigrette s’envole. Tiens, à droite, un râle ? Non, l’oreille pourtant affûtée de Sylvain Chollet, technicien des milieux aquatiques à Angers Loire Métropole, s’est laissé berner par le bruit d’un moulinet de pêche.

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