A la taille, au col ou à la tête, la liberté par les nœuds

Top en tulle, Bimba y Lola, 85 €. Crop top en cuir, Ganni, 225 €. Foulard en soie, AZ Factory, 65 €. Jean Archive Levis, Le Vif Paris, env. 200 €.

Autour du cou des condamnés qui ont transgressé la règle, comme sur les plus guindés qui la respectent de trop près, dans la magie, l’art et la psychanalyse lacanienne, sur les paquets cadeaux, les vieux gréements ou la gorge des coquettes, le nœud seconde l’humanité dans ses entreprises et ses obsessions les plus diverses, sur ses terrains de découverte, d’expansion. Combattu par la modernité, qui lui préfère l’élastique, la fermeture autoagrippante ou à glissière, le nœud exhale le parfum d’un passé révolu revisité.

Au col, façon cravate, il évoque la griserie du petit jour et le souvenir des nuits de cavalcade, les joutes verbales, la pompe, le pied haut et les sceaux de champagnes, les traités d’élégance qu’on ne lit pas mais qu’on écrit ici ou là, le patriarcat aussi, le business et la compétition jusque dans sa manière d’arranger un banal ruban de soie.

Le nœud réunit des éléments par la contrainte, les maintient, les retient ensemble, pour mieux les libérer une fois l’intimité retrouvée.

A la taille, façon kimono, chevalier ou frère franciscain, il évoque dans les trois ordres les quêtes et l’adversité, l’aube des combats, les ­tempêtes. Sous la forme d’un lacet à l’encolure d’une pièce tricotée, il renvoie à l’origine de ­l’artisanat, à un monde rural aux ressources infinies, à la conquête de l’Ouest, à un horizon retrouvé. Savant, dans le dos d’un trench ouvert, il se fait martingale et clé du style français, précis dans ses choix et faussement négligé dans ses agencements.

Lorsqu’il raccourcit un tee-shirt ou une chemise par ses deux pans, le nœud avance sur les terres du soleil, celles sur lesquelles on attache les cheveux en palmier et dont les buvettes servent à se rafraîchir entre deux disques. Sur la tête, en fichu ou en bandeau, il fait écho aux civilisations agricoles des bouts du monde, aux femmes des Antilles, aux intellectuelles beauvoiriennes, aux paysannes, aux ouvrières, aux femmes de l’ombre, à l’effort de guerre.

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Au gros-grain qui finit un collier de perles, à la cordelette du sweat à capuche, à la bretelle de sac à main, aux manches d’une surchemise nouées à la taille comme un kilt ou dans les cheveux – ornement, convention, code ou astuce –, le nœud réunit des éléments par la contrainte, les maintient, les retient ensemble, pour mieux les libérer une fois l’intimité retrouvée.

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Corseter puis débarrasser les êtres de leurs liens, exposer les corps au nœud des problèmes environnants, c’est en somme le terrain sur lequel la mode s’exprime sans relâche et aime se faire entendre.

Tee-shirt en coton côtelé, Gap, 34,95 €. Robe Cilla en polyester recyclé, Samøe Samsøe, 139 €. Carré double face Brides de gala, en soie, Hermès, 520 €. Sac Purse, en cuir Nappa, Lemaire, 760 €.
Manteau Board, en laine et viscose, Laurence Bras, 890 €. Hoodie Veggie, en coton, JW Anderson, 365 €. Bague Petit Looping, en or jaune et diamants, Charlotte Chesnais, 2 900 €.
Blouse lavallière, en crêpe de soie, See by Chloe, 240 €.
Robe polo, en crochet, Sandro, 295 €. Pull en laine et cachemire, Icicle, 550 €. Collier personnel.
Col roulé, Botter, 160 €. Chemise Claudel, en popeline, Sessùn, 165 €. Short Cargo, en laine, Drôle de monsieur, 190 €. Coque de smartphone avec cordon, PopSockets × Just Elegance, 39,99 €.
Tee-shirt col tunisien, en coton, Fursac, 95 €. Jupe midi asymétrique, en cuir, Aeron, 995 €. Sac Tina, en cuir suédé, The Kooples, 195 €.