A la tête de l’ordre des architectes, Christine Leconte veut retrouver le lien avec les habitants et les élus

Christine Leconte au couvent des Récollets, à Paris, en 2019.

Le débit est rapide, le verbe précis, l’enthousiasme communicatif. Après huit années passées au conseil de l’ordre des architectes d’Ile-de-France, d’abord comme secrétaire générale puis comme présidente, Christine Leconte, 42 ans, a été élue à une large majorité à la tête du Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA). Cet organisme créé sous le régime de Vichy, auquel doivent cotiser tous les architectes exerçant en libéral et en leur nom propre, n’a jamais eu bonne réputation aux yeux de ses membres. Mais dans un contexte où la profession se sent plus méprisée que jamais – dernier camouflet en date : aucun architecte n’a été appelé à siéger à la commission Rebsamen sur la construction de logements –, la jeune présidente suscite de fortes attentes. « J’ai la pression, admet-elle en souriant. Je n’ai pas envie de décevoir une profession qui tient à ses valeurs, surtout dans un moment comme celui que nous vivons aujourd’hui, où elles n’ont pas la cote. »

Son bilan à l’ordre d’Ile-de-France milite en sa faveur. Lorsqu’elle arrive, en 2013, la commande publique est en plein reflux et le changement climatique en passe de reconfigurer les enjeux de l’époque. Les bases sur lesquelles l’architecture a pu prospérer en France durant les trois décennies précédentes vacillent et elle comprend que sa pratique doit changer en profondeur. « Quand on prend conscience du fait que 66 % des déchets viennent du BTP et des infrastructures, que 9 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent du béton et que sa production a doublé entre 2010 et 2020, que le sable devient ressource rare, que le draguer détruit la biodiversité, c’est perturbant… », résume-t-elle.

Elle multiplie les colloques (« Architecte, un métier en (r)évolution » en 2016, « Réparer la ville » en 2019) et les expositions (« Construire en chanvre » en 2018). Elle invite des promoteurs et des politiques, des aménageurs urbains et des notaires, à débattre avec les architectes et les urbanistes des questions liées à l’habitat et au cadre de vie, des effets de la logique financière sur la qualité de l’espace et de la construction, à chercher collectivement des alternatives… Guidée par une conception de l’architecture branchée sur la géographie, le paysage, le sol, elle veut accélérer la transition vers la construction en circuit court, développer les filières matériaux biosourcés, institue pour cela des partenariats avec la chambre d’agriculture. Elle monte au front, met en œuvre tous les leviers dont elle dispose, pour empêcher la destruction de la cité-jardin de la Butte-Rouge, merveille d’architecture écologique et sociale où vit le tiers le plus pauvre de la ville de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) – sans succès.

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