« A la vie » explore avec justesse les tourments des jeunes mères

Chantal Birman, émouvante sage-femme septuagénaire dans le documentaire « A la vie ».

L’AVIS DU MONDE – A NE PAS MANQUER

Le premier documentaire d’Aude Pépin a les atours d’un geste très pur, extrêmement
simple, et qui néanmoins charrie avec lui des décennies de conquêtes pour que les femmes se réapproprient leur corps et le savoir qui va avec. Et il fallait le trouver ce personnage qu’il n’y aurait qu’à suivre sur le terrain pour en apprendre autant. En l’occurrence ici, Chantal Birman, sage-femme libérale et féministe, en exercice depuis quarante-neuf ans et qui, à bientôt 70 ans, s’apprête à prendre sa retraite.

Avec sa petite valise, parfois accompagnée d’Eugénie, une stagiaire, Chantal traverse les vécus et les classes sociales, se rend chez de jeunes mères en proie à tous ces tourments méticuleusement tenus hors champ : la dépression post-partum, l’allaitement, le corps transformé et marqué, l’angoisse d’être une mauvaise mère.

Le mythe culpabilisateur de la plénitude maternelle

Comment filmer cela ? A cette question, Aude Pépin choisit la frontalité, qui bien loin d’être impudique, produit un rapport intimiste à son sujet : on se souviendra de tous ces portraits de femmes saisies en gros plan. Les agrafes sur le bas-ventre, les cernes, les larmes, les seins lourds, les tétons archisensibles, la solitude immense – de fait, les hommes sont quasi absents de ce film qui cherche à nous faire traverser ce désarroi féminin. Toutes ces images venaient à manquer et fissurent heureusement le mythe culpabilisateur de la plénitude maternelle, en fait pleine de ratés, d’ignorance, de peur de mal faire.

En face se trame en creux le beau portrait de Chantal, sage-femme que peu de choses peuvent arrêter, et qui lutte, enseigne, transmet, pratique, a tout vu, tout vécu : les drames des avortements clandestins, la lutte pour la contraception, la loi Veil, le manque de moyens de l’hôpital public qui dénature la beauté du métier… Faisant doucement émerger une conscience politique au cœur de son film, Aude Pépin parvient à aborder toutes les facettes et les temporalités de son sujet, ses luttes passées et à venir, et à placer des mots, des visages et des corps, là où il n’y avait rien.

Documentaire français d’Aude Pépin (1 h 18). Sur le Web tandemfilms.fr.