A Lille, le bizutage a changé de nom mais tue encore

Le camping de la Vénerie, à Signy-l’Abbaye (Ardennes), où Valentin Gomes a été retrouvé mort après un « week-end de cohésion » organisé par son école d’ingénieurs.

Il s’appelait Valentin Gomes. Il avait 23 ans. Le 5 octobre, le corps de ce futur ingénieur, étudiant en ­cinquième année à Polytech Lille, a été retrouvé à Signy-l’Abbaye (Ardennes). Le jeune Breton avait disparu dans la nuit du samedi au dimanche précédent alors qu’il participait à un week-end de cohésion dans un camping ardennais avec près de 400 autres élèves.

L’autopsie « n’a pas permis de déterminer à ce stade la cause de la mort ou de retrouver de trace objective de l’intervention volontaire d’un tiers ayant causé une lésion », a indiqué le procureur de Charleville-Mézières. Des témoins ont précisé à la presse locale qu’il avait consommé beaucoup d’alcool, qu’« on avait refusé de le resservir » et qu’il était alors « entré dans une sorte de bungalow de repli, prévu par les organisateurs pour que tous les étudiants puissent s’y reposer ». La présence sur place de la Sécurité civile et d’un service d’ordre de la Croix-Rouge n’a pas empêché le drame.

Des pratiques humiliantes

La piste de l’agression a rapidement été écartée, mais l’alcoolisation massive pratiquée lors de ces soirées est au cœur de l’enquête. Comme pour Simon Guermonprez. Lui avait 19 ans. Le 9 juillet, le corps de cet étudiant en deuxième année de médecine a été retrouvé sur l’autoroute A27. Le jeune Nordiste rentrait d’une soirée d’intégration organisée par des étudiants à la Citadelle de Lille puis dans un appartement, où des doses d’alcool lui ont été administrées.

« Depuis 2013 [date à laquelle la fac de médecine de Lille a interdit les soirées d’intégration], tout est passé dans la clandestinité. Et le phénomène est accentué depuis la levée du confinement. » Dominique Lacroix, doyen de l’UFR des sciences de la santé et du sport

En rentrant chez lui, il a marché quelques centaines de mètres, jusqu’au pont qui passe au-dessus de l’autoroute Lille-Bruxelles. Simon aurait alors fait un selfie avec son téléphone, qu’il a laissé tomber. C’est en tentant de le récupérer qu’il a été percuté par un camion. Depuis ce tragique accident, son père se bat contre les pratiques utilisées lors de ces soirées d’intégration. Selon Daniel Guermonprez, « Simon ne buvait pas d’alcool habituellement, il n’aimait pas cela ». Or, lors de cette soirée, le jeune étudiant aurait bu « environ huit grosses doses de seringue, versées directement dans la bouche en moins de deux heures », indique son père. Sa pétition « Stop bizutage », ­lancée sur Internet, a déjà recueilli plus de 33 000 signatures.

Interdit depuis 1998, le bizutage est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Universités et associations étudiantes ont également signé, en 2018, une charte avec la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, pour encadrer l’organisation d’événements festifs. « Mais ce que l’on pensait éteint est toujours là, se désole le professeur Dominique Lacroix, doyen de l’UFR des sciences de la santé et du sport à la faculté de médecine de Lille. Et le fond du problème, c’est l’alcool. »

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