A Londres, la foire Frieze se place sous le signe des femmes et des Noirs

Des visiteurs regardent « California », de Justin Caguiat, lors de la foire internationale d’art Frieze, à Londres, le 14 octobre 2021.

« Vous nous avez manqué ! » Cette phrase qu’on lisait sur les vitrines des commerces après les déconfinements était le mantra des vernissages, mercredi 13 octobre, des foires Frieze et Frieze Masters, qui s’achèvent dimanche 17 octobre, à Londres. Malgré un taux de contamination par le Covid-19 encore élevé en Angleterre, les visiteurs tombaient le masque, trop heureux de regoûter à la « vie d’avant ».

La pandémie et ses bonnes résolutions n’ont en effet rien changé, sous les deux tentes blanches déployées dans Regent’s Park. Côté contemporain, une foule presque aussi dense que pour l’édition 2019 se pressait dans les allées. Les restrictions sanitaires imposées à l’entrée du Royaume-Uni n’avaient pas découragé tous les VIP de la jet-set arty. Comme toujours, côté « Masters » (spécialisée dans l’art ancien), l’ambiance se veut plus feutrée, mais ceux qui doivent être ici y sont. Au soir de l’ouverture, les galeries les plus puissantes ont fait savoir que les affaires avait repris.

Business as usual ? Pas tout à fait. Car, en deux ans, le monde a changé, a fortiori vu de Royaume-Uni. Le Brexit complique la circulation des hommes, mais aussi celle des œuvres, transformant chaque passage à la douane en cauchemar bureaucratique. Plusieurs galeries étrangères ont d’ailleurs fermé leur représentation à Londres, à l’instar de Marian Goodman, Tornabuoni Art et Cortesi. Des changements sociétaux ont profondément ébranlé la foire, qui, longtemps, avait cultivé une excentricité mâtinée de vulgarité bling-bling. Le fond de l’air est noir, désormais.

Opportunisme visible

La violence faite aux femmes, par exemple, se lit sur une tente de la Libanaise Mounira Al Solh, qui a recueilli les mots et les pleurs de femmes maltraitées, puis les a brodés. La chute de l’Afghanistan surgit aussi, avec l’ombre des fondamentalistes talibans qui s’incarnent dans une toile pourtant ancienne, datée de 2002, de Malcolm Morley, représentant une famille afghane, la femme noyée sous une burqa bleue.

D’autres femmes occupent le stand de la galerie Mor Charpentier : photographiées par Teresa Margolles, ces courageuses tentent de survivre à la frontière entre la Colombie et le Venezuela. Ailleurs, on valorise les « femme de » ou « ex-femme de », telle la peintre américaine Nancy Graves, visible sur le stand de Ceysson & Bénétière, qui partagea durant cinq ans la vie du sculpteur Richard Serra.

Mais toutes les artistes ne méritent pas une résurrection, et toutes les facettes d’une œuvre, fût-elle importante, ne valent pas d’être éclairées. Chez Frieze Masters, par exemple, les dessins figuratifs de la Libanaise Huguette Caland ne sont pas à la hauteur des abstractions subversives, traversées de désir, qui ont fait sa renommée. De même, Janet Sobel, présentée par The Gallery of Everything, n’est pas « la plus importante peintre surréaliste », comme le marchand Sidney Janis s’est plu à le dire en 1946…

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