A l’Opéra-Comique, « L’Orfeo » pris au piège de la banalité

Pré-générale, mardi 1er juin 2021, de « L’Orfeo », de Monteverdi, mis en scène par Pauline Bayle, à l’Opéra-Comique, à Paris, avec Marc Mauillon (Orfeo), Luciana Mancini (la Musica/Euridice) et le chœur de La Capella Reial de Catalunya, dirigé par Jordi Savall.

Un vétéran, une jeunette : l’Opéra-Comique a rouvert ses portes au public à Paris avec un Orfeo, de Monteverdi, dirigé par Jordi Savall et mis en scène par Pauline Bayle. Un spectacle assez décevant, malgré l’enthousiasme qui a accueilli la première du vendredi 4 juin. Le travail de la metteuse en scène – plutôt une mise en espace – n’offre en effet que peu de relief, se contentant de mettre au plateau le synopsis de l’opéra dans une atmosphère new age un peu niaise (un orphisme de pacotille dans une Arcadie postmoderne).

Un champ de roses rouges pour symboliser les noces ardentes d’Orphée et Eurydice ? Pourquoi pas. Mais la direction d’acteurs se dilue dans des myriades d’accolades, étreintes, caresses et sourires, nymphes et bergers n’en finissant plus de se toucher (un retour du refoulé après la distanciation obligée ?). Le dépiquage des roses interviendra évidemment après la mort d’Eurydice – ça prend du temps et ça permet d’occuper l’espace.

Quelques jolies images fleurissent çà et là, essentiellement dues à la beauté de certains costumes de Bernadette Villard

Une vastitude noire attend comme convenu Orphée aux Enfers. Cette fois, les habitants des lieux sinistres, crânes rasés, longues tuniques sombres, sont une autre assemblée sectaire, à rebours des joyeux convives terrestres habillés de costumes fluides et colorés. Entre les deux mondes, Charon et Cerbère (servi par trois danseurs-chiens en combinaisons noires), plantés au proscenium. Le chant magique d’Orphée faisant son office, le trio canin s’approchera de l’époux désespéré d’Eurydice, lui apportant le bâton du nautonier funèbre opportunément endormi.

Un passage par la salle pour simuler la descente aux Enfers, quelques musiciens sur le plateau pour les danses nuptiales, et le tour du participatif est joué. Quelques jolies images fleurissent cependant çà et là, essentiellement dues à la beauté de certains costumes de Bernadette Villard. Ainsi la splendide apparition de la Musica en parure de soie rouge, ou le vol de mousseline blanche se posant sur les épaules virginales d’Eurydice.

Chœurs sensuels et orchestre coloré

Vocalement, la musique n’est pas toujours à la noce non plus. Quelques talents trop verts – immature, la Ninfa de Lise Viricel – ou au contraire en fin de floraison. C’est le cas de l’Apollon de Furio Zanasi, dont la vaillance ne parvient plus à honorer la haute voltige des vocalises célestes, ou de Sara Mingardo, la Messagère dont l’immense aura de tragédienne ne parvient pas à masquer un soutien intermittent de la ligne de chant.

Il vous reste 46.4% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.