A l’Opéra de Paris, Pierre Lacotte revêt son ballet de rouge et de noir

La danseuse étoile Amandine Albisson, dans le rôle de Madame de Rênal, en répétition du ballet « Le Rouge et le Noir », de Pierre Lacotte, à Paris, le 21 septembre 2021.

A peine a-t-on mis un pied, mercredi 6 octobre, dans sa loge du Palais Garnier, à Paris, que le chorégraphe Pierre Lacotte a l’œil qui brille. « Mais vous allez vous envoler ! », blague-t-il en pointant les masques sanitaires accrochés en bracelets à nos poignets. On range ses ailes dans ses poches. Un fantôme se faufile entre nous. C’est celui de la sylphide, créature fantastique et malicieuse pourvue d’une délicate petite paire d’ailes, qui a donné son nom au fameux ballet romantique méticuleusement reconstruit en 1972 par Lacotte.

Pas question, pour le moment, de revenir sur le passé. Lacotte, 89 ans, décolle illico l’étiquette de « grand restaurateur du ballet français du XIXe siècle ». Celui qui, de New York à Moscou, a mis en scène un nombre incalculable de spectacles, a les deux pieds dans le présent. Celui de sa nouvelle production, deux fois reportée en raison de la pandémie, inspirée par Le Rouge et le Noir (1830), de Stendhal. « Je ne pense qu’à ça depuis plus de cinq ans, confie-t-il. D’ailleurs, vous voyez, le fauteuil roulant, dont je n’ai pas besoin en réalité, qu’a gentiment mis à ma disposition Aurélie Dupont [directrice de la danse à l’Opéra de Paris], est rouge et noir », poursuit-il en riant. Quant à la bouteille de Coca, qui trône seule sur le bureau, elle est, comme par hasard, raccord avec le code couleur de l’homme en costard anthracite.

Le ballet comme « un grand livre »

Mais quel coup de chaud a bien pu saisir Pierre Lacotte pour qu’il s’attaque à un monument littéraire aussi costaud que le roman de Stendhal ? « Je l’ai lu à 15 ans et il m’a captivé, explique-t-il. Je m’y suis replongé il y a quelques années, et j’ai commencé à écrire un livret. » Pendant deux ans, Lacotte bosse d’arrache-pied. Il dégraisse le mammouth et réduit l’intrigue à trois actes et trois heures. Il resserre le cercle à huit protagonistes autour de Julien Sorel et distingue le rôle d’une petite bonne pour tenir le fil rouge.

« J’ai imaginé une gestuelle spéciale pour chacun des personnages, qui ont tous un caractère très précis, commente-t-il. J’ai aussi dessiné les costumes et les décors, choisi les musiques de Massenet. Je me suis beaucoup documenté sur l’époque, les tribunaux, la vie en province, les rapports entre les classes sociales… » Une investigation tout ce qu’il y a de logique pour cet homme, danseur et chorégraphe, (petit) rat de bibliothèque depuis l’enfance. « Finalement, mon ballet est un grand livre d’où les personnages, habillés en couleur, se détachent sur un décor en noir et blanc. »

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