A Marseille, le bungalow tropical de Jean Prouvé

Le bungalow du Cameroun, de Jean Prouvé, est désormais exposé à la Friche de l’Escalette, à Marseille.

En 2007, une vente aux enchères de Christie’s à New York fait date : une « maison Tropique » construite par l’architecte autodidacte Jean Prouvé, en 1951, s’envole pour 4,97 millions de dollars. Du jamais-vu pour une surface de 92 m² dépourvue de chauffage, de plomberie et d’électricité. Outre-Atlantique, la « Prouvémania » franchit ce jour-là un cap, faisant exploser la cote du concepteur moderniste.

Ce cabanon adjugé par Christie’s s’inscrit dans la lignée des « maisons démontables », baraques préfabriquées en bois et métal inventées par l’architecte pour répondre aux besoins du relogement dans la France d’après-guerre. Trois unités de cette déclinaison tropicale seront conçues au sein des Ateliers Prouvé près de Nancy, puis transportées en avion-cargo jusqu’à Brazzaville (Congo) et Niamey (Niger).

Une architecture verte avant l’heure

L’architecte français souhaitait les utiliser pour industrialiser la fabrication de ces constructions sur le marché africain, mais les commandes ne suivront pas. Ses petites habitations étaient avant-gardistes. L’idée de Jean Prouvé d’avoir recours au métal pour des climats aussi chauds paraissait audacieuse mais elle a fonctionné : grâce à des pare-soleil orientables, un double toit aéré en aluminium et de multiples ouvertures sur les panneaux de façade permettant des ventilations naturelles, Prouvé a mis au point une architecture « verte » bien avant l’apparition de cette notion.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Jean Prouvé, une cote inoxydable

Oubliées en Afrique, les maisonnettes tropicales vont subir les aléas du temps et des guerres jusqu’au retour en grâce, dans les années 1990, du courant moderniste qui sonne le début du rapatriement en France de ces pépites préfabriquées. Le galeriste et antiquaire Eric Touchaleaume (Galerie 54) en sera l’un des principaux artisans.

Mais un débat persiste : « Devait-on spolier l’Afrique de ces chefs-d’œuvre architecturaux dans le but de les conserver ? », s’interroge le réalisateur Manthia Diawara, qui a filmé le vide laissé par ces constructions modernistes envolées. Dans la Friche de l’Escalette, à Marseille, le magnifique bungalow bleuté du Cameroun (1958-1964), issu également de la production tropicale de Prouvé, semble malgré tout s’être trouvé une place sous le soleil méditerranéen.

Visite sur réservation tout l’été (9 h 30, 10 h 30, 16 heures, 17 h 30) à la Friche de l’Escalette, parc de sculpture et d’architecture légère, route des Goudes, 13008 Marseille.

Retrouvez tous les épisodes de la série « Une cabane, un architecte »