A Marseille, le trafic de drogue prospère sur l’abandon de la ville

Analyse. L’histoire se répète à Marseille. Depuis une quinzaine d’années, les mêmes constats succèdent aux mêmes drames, qui annoncent les mêmes coups de menton et d’identiques promesses de renforts policiers et judiciaires, avant même la « réponse globale » qu’entend apporter Emmanuel Macron lors de la longue visite qu’il y effectue du 1er au 3 septembre. En février 2021, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, annonçait déjà 300 fonctionnaires de police supplémentaires, affectés prioritairement dans les quartiers nord de la ville, inexpugnables bastions du trafic de drogue. Son collègue Eric Dupond-Moretti, garde des sceaux, a lui annoncé, fin août, l’affectation de 12 nouveaux magistrats dans la ville.

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Pour quels résultats prévisibles ? De nouvelles flambées de violence qu’anticipent déjà les enquêteurs locaux qui connaissent mieux que quiconque la logique cyclique des règlements de comptes en série et leurs inévitables répliques, méthodes consubstantielles au modèle criminel local, assis sur un trafic de stupéfiants par nature instable et volatil, objet d’appétits territoriaux constamment renouvelés et inépuisable source de cet argent liquide qui irrigue la vie économique de la métropole marseillaise.

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A ce jeu mortel, un clan chasse l’autre. Par exemple, la guerre entre « Gitans » et « Noirs » – comme la désigne la chronique locale qui ne s’embarrasse guère de précautions oratoires – a fait 33 morts depuis 2015. En réalité, il s’agit de deux clans rivaux exerçant la haute main sur la vente de drogue. Les récentes fusillades s’inscrivent-elles dans cette logique vendettaire ? Les enquêteurs en doutent, et évoquent plutôt la tectonique des plaques du trafic de cannabis et des sorties de prison de poids lourds des réseaux qui entendent reprendre leur place au soleil des narco-bandits… « Des arrestations, y compris à l’étranger » ont pu conduire, aussi, à « une recomposition de ce trafic », a indiqué la préfète de police des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri, sur BFM-TV le 24 août 2021.

Rien de nouveau

Au-delà des hypothèses, cette désespérante certitude : pour tragiques qu’ils soient, les récents assassinats (7 victimes depuis le 7 juillet) n’ont rien d’inhabituel. Avec 11 homicides décomptés depuis le mois de janvier, 2021 devrait même rester bien en deçà des records enregistrés en 2016, avec ses 34 faits recensés. En face de ces chiffres, il faut en inscrire un autre : 27, soit le nombre d’assassinats déjoués par la police en cinq ans, c’est-à-dire le démantèlement d’équipes de tueurs avant même leur passage à l’action, sur la foi d’éléments suffisamment étayés pour que la justice suive, prononce des mises en examen et des incarcérations.

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