A Mossoul, le Louvre au chevet du patrimoine irakien

Dans le Musée de Mossoul, ici le 23 mai, les fragments d’œuvres sont triés et stockés.

Dans la pénombre du Musée de Mossoul, en Irak, la lumière naturelle qui se fraye un chemin jusqu’au sol éclaire des fragments de monumentales sculptures assyriennes datant de près de 3 000 ans, dispersées autour d’un trou béant. Elles ont été fracassées en 2015 par des membres de l’organisation Etat islamique lors de l’occupation de la ville, où un « califat » avait été proclamé en juin 2014.

Ce n’est que trois ans plus tard, peu de temps après que Daech a été chassé par les forces irakiennes appuyées par les Américains, que Zaid Ghazi revient pour la première fois dans son musée. Le choc est immense, à la hauteur de l’ampleur des dégâts. « Daech voulait détruire la culture, l’identité de la ville », explique le directeur, lors de notre visite, fin mai.

En plus de la section assyrienne saccagée, 25 000 ouvrages de la bibliothèque ont été brûlés et la salle d’art islamique a été vidée de ses objets, vendus par le groupe armé au marché noir. Mais, avec la mission d’un groupe d’experts envoyée par le Louvre en juin, Zaid Ghazi peut enfin entrevoir le départ d’un « vrai programme de restauration » de toutes ces œuvres détruites.

Aide internationale

Fondé en 1952, le musée, qui présente des milliers d’années d’histoire de l’Irak dans quatre halls d’exposition, a depuis été sécurisé et des réparations ont été entreprises, notamment sur le toit, atteint par des tirs de mortier. Mais encore en mauvais état, le musée reste aujourd’hui fermé au public, même s’il a pu rouvrir ses portes pour quelques événements artistiques depuis 2019.

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Son directeur depuis 2004, spécialiste en conservation de la pierre, est mû par une énergie vitale. « Il est crucial de reconstruire le musée, parce que c’est un héritage qui représente Mossoul à travers le temps. C’est un miroir de notre histoire », lâche Zaid Ghazi, qui estime que les travaux prendront au moins cinq ans. Les équipes irakiennes peuvent maintenant compter sur l’aide de soutiens internationaux, dont le Musée du Louvre et le Smithsonian, une institution de recherche scientifique américaine associée à 19 musées.

Les deux institutions se sont regroupées au sein de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph), qui a initié à la demande du gouvernement irakien un projet de reconstruction en débloquant un montant de 1,3 million de dollars (environ un million d’euros).

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« Ce qui s’est passé à Mossoul est tout à fait cauchemardesque, lance Ariane Thomas, directrice du département des Antiquités orientales au Louvre et impliquée dans le projet. Nous avons répondu à l’appel avec notre expertise sur les collections, en particulier celle du département des Antiquités orientales, qui sont en quelque sorte les cousins de ce qui a été détruit. »

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