A Nîmes, les vélos Nemausa se remettent en piste

« On a refait le vélo d’hier avec des accessoires d’aujourd’hui. » A Nîmes, Morgan Champiot présente le produit qu’il vient de recevoir en boutique : cadre rouge métallisé, selle et guidon en cuir marron, ce modèle urbain arbore deux signes singuliers, un palmier et un crocodile, emblèmes de la Rome française. Trente-cinq ans après l’arrêt de la production des cycles Nemausa, le jeune commerçant a décidé de relancer cette marque nîmoise.

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Les cycles Nemausa ont été fondés en 1906 par le Gardois Emile Dumond, un ambassadeur de la bicyclette du début du XXe siècle dans le sud de la France. « C’était la grande période du vélo, l’apogée du Tour de France, confie l’un de ses petits-fils, Eric Dumond. L’atelier de fabrication était situé en plein centre de Nîmes. C’est toujours resté artisanal mais, après la seconde guerre mondiale, les vélos Nemausa étaient vendus de Perpignan à Nice. » L’arrivée du Solex, puis de la mobylette et la démocratisation de la voiture freinent cette aventure. Les deux fils d’Emile, Jean et Emmanuel, ferment les ateliers en 1986.

Des « vélos personnalisés »

Trente ans plus tard, Morgan Champiot découvre la cave des cycles Nemausa, où il reste quelques anciens modèles. En accord avec la famille Dumond, le Nîmois dépose la marque en mai 2019. « Sans trop avoir de calendrier en tête, mon idée était de produire, un jour, un nouveau modèle et de ressusciter la marque qui appartient à l’histoire de ma ville », confie-t-il. La pandémie a accéléré le processus.

Pour ce projet où le Nîmois a investi 7 000 euros, il collabore avec l’entreprise vendéenne Arcade Cycles, assembleur et concepteur de vélo français en pleine croissance (plus de 15 % par an). Si elle fournit de nombreuses et grandes collectivités, cette PME se démarque aussi auprès d’opérateurs plus confidentiels.

La pandémie « a accéléré de manière étonnante l’industrie du vélo »

« L’une de nos spécialités est d’accompagner les porteurs de projet et de produire des vélos personnalisés, même en petit nombre, explique Frédéric Lucas, le directeur adjoint. Aujourd’hui, il y a une telle effervescence dans l’univers du vélo qu’il y a de la place pour tout le monde. Pour la marque Nemausa, Morgan Champiot s’est inspiré des anciens modèles, en y apportant des composants, des équipements et des accessoires originaux et modernes, qui seront propres à ce modèle. »

Vendu au prix de 559 euros pièce, le modèle Diane cible une clientèle citadine. Six ont été vendus en une semaine courant septembre. « C’est un coup d’essai et on verra comment va réagir la population », affirme Morgan Champiot, qui envisagerait, à terme, d’installer sa propre usine dans le sud de la France.

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Les deux partenaires le reconnaissent : la pandémie « a accéléré de manière étonnante l’industrie du vélo », déclare le Vendéen qui fabrique 60 000 modèles par an, tandis que le Nîmois, qui travaille avec un ouvrier à temps plein et un apprenti, va se mettre à la recherche d’un nouveau salarié. Les prochains vélos Nemausa devraient être livrés au printemps 2022. Des modèles VTC homme et femme cette fois.