A Paris, Gibert rénove sa librairie boulevard Saint-Denis et fait les yeux doux aux bobos

La librairie Gibert située 15 bis, boulevard Saint-Denis, à Paris, inaugure sa version rénovée, jeudi 30 septembre. Le rez-de-chaussée et le premier étage proposent 45 000 références d’ouvrages, à la fois en neuf et en occasion, ainsi que de la papeterie. Au sous-sol, des centaines de 33-tours de Pink Floyd ou de Bob Marley sont vendus aux fans. Jusque-là, rien de plus normal.

Ce qui change radicalement concerne l’utilisation des deux derniers étages. Ils seront investis par des associations pour proposer aux habitants du quartier une initiation aux échecs pour les enfants, des cours de yoga, de poterie ou de français langue étrangère. Y seront également donnés des concerts, des colloques et des dédicaces de livres. Des jeunes pousses pourront aussi y présenter leurs créations, comme de la céramique par exemple.

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« Ce sera un lieu de rencontre. Notre idée est d’ouvrir le magasin sur la vie du quartier », expliquent Marc Bittoré et Olivier Pounit-Gibert, tous deux présidents du directoire du groupe Gibert Joseph. Et de faire les yeux doux aux bobos du quartier. Les propriétaires du lieu ont préféré cette solution à celle qui, pour augmenter les surfaces de vente de livres, les obligeait, disent-ils, à engager des travaux très coûteux pour installer un ascenseur ou des escaliers mécaniques.

« Besoin de financements »

Le groupe familial, qui compte 25 magasins dans toute la France après en avoir fermé sept depuis 2020 (dont quatre emblématiques place Saint-Michel, à Paris), reste mal en point financièrement. « Place Saint-Michel, nous avons dû faire face à une conjonction malheureuse, entre le mouvement des “gilets jaunes”, les grèves contre les retraites, la pandémie [de Covid-19], la réfection du RER et le coup d’arrêt des touristes. Nous avons été asphyxiés et nous avons enregistré une chute de 50 % de notre chiffre d’affaires », explique Marc Bittoré.

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Gibert Joseph – qui a absorbé Gibert Jeune en 2017 – sera encore fortement déficitaire en 2021. Si le secteur de la librairie, auréolé d’un nouveau statut symbolique pendant la crise sanitaire, a réussi à passer les cinq derniers mois sans égratignure, le groupe a vu son chiffre d’affaires de 135 millions d’euros lors de son exercice annuel clos fin mars 2020 chuter de 30 % l’année suivante. Et même en reprenant des couleurs lors des six derniers mois, l’entreprise n’est pas revenue à son étiage d’avant-crise.

Gibert Joseph a bénéficié d’un prêt garanti par l’Etat de 10 millions d’euros. « Nous ne nous interdisons pas d’ouvrir le capital, aujourd’hui uniquement familial, à d’autres investisseurs. Le sujet est sur la table, mais nous n’avons pas mandaté de pool bancaire », explique Olivier Pounit-Gibert. Si le groupe a été le pionnier dans les ventes en ligne, « nous avons besoin de financement pour nous développer et faire face à la concurrence », estime-t-il.

Le groupe de 700 salariés, qui réalisait 80 % de son activité dans l’édition scolaire avant 2005, a dû procéder à une révolution copernicienne. Si le navire amiral du 26, boulevard Saint-Michel reste de loin la plus importante en matière de nombre de références (350 000) à Paris, très peu d’investissements y ont été consentis. Désormais, le groupe cherche davantage à investir dans de petits magasins, comme le corner du magasin Printemps, à Nation, une librairie qui ne vend que du neuf et « fonctionne bien », selon Olivier Pounit-Gibert. Sans yoga ni échecs.