« A Paris, il est urgent d’agir contre la situation dramatique et indigne liée au crack »

Tribune. La situation dans le quartier de la place de la Bataille-de-Stalingrad, à Paris (10ᵉ et 19ᵉ arrondissements), dans le parc voisin des jardins d’Eole, et plus largement dans le Nord-Est parisien, s’est fortement dégradée ces derniers mois. Cette situation est un drame pour nos quartiers. Les nuisances et l’insécurité qui marquent le quotidien des habitantes et des habitants, tout comme la détresse psychique, sociale et physique dans laquelle se trouvent les usagers de drogues, hommes ou femmes, ne peuvent plus perdurer.

Les actions de la police et de la justice menées depuis plus d’un demi-siècle à l’égard du crack ne parviennent pas à endiguer un trafic qui se renouvelle en permanence à un rythme effréné, condamnant les interventions de terrain à un échec sanitaire et social, notamment dans les quartiers du Nord-Est parisien qui voient exploser le nombre de consommateurs et consommatrices de crack en grande précarité.

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Au gré des évacuations, la police les disperse et les déplace, que ce soit en Seine-Saint-Denis ou dans le Nord-Est parisien : de la gare Rosa Parks du Réseau express régional (RER) aux jardins d’Eole, de la porte de la Chapelle à Stalingrad, etc. Se mettant en danger et plaçant, chaque fois, tout un quartier sous tension, les membres de cette population, toujours plus nombreuse et précarisée, errent dans les rues.

Rattraper le retard de la France

Pourtant, il y a des solutions. Cette situation dramatique et indigne ne pourra en effet s’améliorer qu’à la double condition que la lutte contre le trafic et le démantèlement des réseaux, préalable indispensable à l’apaisement de l’espace public, s’intensifient et qu’en parallèle des mesures pérennes et ambitieuses soient mises en œuvre pour accompagner sur le plan sanitaire et social les consommateurs et consommatrices de crack.

Auprès de ces hommes et de ces femmes qui consomment leurs produits par injection ou par inhalation, d’autres pays ont déjà agi, avec succès, et ont réussi à contenir, voire endiguer les scènes ouvertes de deal et de consommation de drogues. Nous ne pouvons plus nous satisfaire d’une législation française qui, limitant à des dispositifs dérogatoires et expérimentaux des espaces de consommation médicalement assistée, empêche toute action sérieuse auprès de ces grands usagers de rue, trop éloignés du soin pour souhaiter même sortir de la dépendance.

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Ce faisant, elle prive de facto et durablement de l’espace public les autres citoyennes et citoyens. Il faut donc rattraper le terrible retard qu’a pris la France et commencer par le traitement rapide, mais de long terme, des quartiers les plus touchés, notamment ceux du Nord-Est parisien et des villes de proximité.

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