A Paris, inauguration en grande pompe d’un laboratoire de la philantropie

Le Philanthro Lab, dans  le 5e arrondissement de Paris.

Un lieu unique au monde

Jeudi 30 septembre, Anne Hidalgo, maire de Paris, Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, toutes deux ­candidates à la présidentielle de 2022, et Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, ont ­rendez-vous au 15, rue de la Bûcherie, dans le 5e arrondissement de Paris. La raison de ce rendez-vous à trois ? L’inauguration d’un lieu unique en France et dans le monde : le Philanthro-Lab. Milliardaire ayant fait fortune en tant que promoteur immobilier, Philippe Journo a acheté l’hôtel de la Bûcherie dans le cadre du concours international Réinventer Paris, lancé par la Ville en novembre 2014, pour en faire un espace totalement consacré à la promotion de la philanthropie.

Une ancienne école de chirurgie

Au XIVe siècle, les Parisiens venaient au port aux bûches, en bordure de Seine (d’où le nom de la rue), pour se procurer du bois de chauffage. « La tradition voulait que les Parisiens amènent en même temps leur viande avariée qui était ensuite bouillie et salée sur place pour être donnée aux indigents. On s’est dit que c’était la philanthropie du Moyen Age, inventons celle du XXIe siècle », explique Philippe Journo. Trois siècles plus tard, l’hôtel de la Bûcherie deviendra, par sa proximité avec l’Hôtel-Dieu et la cathédrale Notre-Dame de Paris, la première école de chirurgie, où se tenaient les premiers cours de dissection à Paris. Afin de conserver l’âme de l’édifice et l’inscrire dans la modernité, Philippe Journo se lance dans une rénovation d’envergure. Au rez-de-chaussée, la salle des colonnes donne accès à la rotonde, encore surplombée d’entablements sur lesquels sont sculptés les symboles de la médecine.

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Un fondateur sensibilisé au don

Né en Tunisie d’un père petit commerçant et d’une mère institutrice, Philippe Journo se lance dans l’entrepreneuriat avec 500 000 francs prêtés par ses parents. En 1989, la Compagnie de Phalsbourg naît. Il fait de la banlieue et des périphéries de villes son cheval de bataille, et se spécialise notamment dans la conception de centres commerciaux. Très tôt, il jure avoir été sensibilisé à la philanthropie. « Ma sœur est non voyante. J’ai donc compris très jeune l’importance de ces dames qui, bénévolement, venaient lui lire des livres de droit pour qu’elle puisse apprendre et devenir enseignante. » C’est accompagné de son épouse, Karine Journo, que l’homme d’affaires met au point ce nouveau projet. Originaire de Nice, sa femme a, depuis son enfance, fait don de son temps à diverses causes. Pour elle, « en France, le don n’est pas encore ancré dans l’état d’esprit général ».

Un incubateur de projets sociaux

« La philanthropie, c’est aider sans rien attendre en retour. Elle est différente du mécénat, qui englobe uniquement l’aspect financier », assure Philippe Journo. Malgré la crise sanitaire, il accueille la première promotion de résidents en septembre 2020. « Le Philanthro-Lab nous a apporté des cours sur la fiscalité, de gouvernance, de communication digitale… », raconte Agnès Cossolini, fondatrice et déléguée générale d’Ikigaï – association œuvrant pour l’inclusion en société des enfants atteints d’­autisme –, ayant bénéficié du programme. Pour les autres acteurs qui souhaitent profiter de l’environnement, une formule de coworking est également ­disponible, avec un large éventail d’infrastructures (bureaux, salles de réunion, studio médias, bibliothèque…).