A Paris, le dossier de la tour Triangle prend une tournure pénale

Maquette de la tour Triangle, par les architectes Herzog & de Meuron, au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, en novembre 2014.

Le nouveau front entrouvert à l’été 2020 autour du projet controversé de la tour Triangle, un vaste complexe d’immobilier de bureaux qui doit s’élever à 180 mètres de haut, au sud de Paris, dans le 15e arrondissement, prend à présent une dimension pénale. Le Parquet national financier (PNF) a en effet ouvert, en juin, une enquête préliminaire pour « favoritisme » et « recel de favoritisme », comme l’a révélé Le Parisien, le 11 octobre. Le dossier a été transmis à la brigade de répression de la délinquance économique.

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L’enquête porte sur les conditions d’attribution du nouveau contrat d’exploitation du Parc des expositions de la porte de Versailles, au cœur duquel la pyramide des architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron doit s’élever. C’est la cour régionale des comptes qui avait la première attiré l’attention sur le sujet. Dans un rapport lu au Conseil de Paris le 23 juillet 2020, les magistrats estimaient non seulement que le projet de la tour Triangle avait été « inséré de façon critiquable dans l’enceinte du Parc des expositions de la porte de Versailles ». Mais surtout, ils pointaient les conditions dans lesquelles le nouveau contrat de concession des lieux avait été attribué.

« Conditions en partie contestables »

Pour que soit menée à bien cette opération immobilière à plus de 500, voire 700, millions d’euros, il avait été convenu entre la Ville de Paris et le concessionnaire Viparis, filiale d’Unibail-Rodamco, le versement d’une indemnité de 263 millions d’euros pour la résiliation anticipée du contrat de délégation de service public de Viparis.

L’idée d’ériger cette tour de bureaux a vu le jour en 2008, sous le second mandat de Bertrand Delanoë, quand Anne Hidalgo était chargée des questions d’urbanisme

« Un préjudice non démontré », a d’abord relevé la chambre régionale, avant de s’attarder sur le bail emphytéotique et le contrat de concession de travaux attribué au même concessionnaire, « dans des conditions en partie contestables », estime-t-elle. Aux deux candidats postulants, il avait été demandé un droit d’entrée de 263 millions d’euros. Or, Viparis pouvait s’acquitter de cette somme, en renonçant à l’indemnité qu’elle avait négociée avec la ville. Son concurrent, lui, devait « autofinancer » ce ticket.

C’est sur la base de ce rapport que Rachida Dati, la maire (LR) du 7e arrondissement et chef de file de l’opposition parisienne, avait annoncé qu’elle signalerait ces faits de « détournements de fonds publics » et « favoritisme » au parquet de Paris et au PNF. En février 2021, l’association Anticor déposait, de son côté, une plainte avec constitution de partie civile. Aujourd’hui, la Ville de Paris répète avoir « scrupuleusement respecté les règles de droit applicables dans ce dossier ». Unibail-Rodamco Westfield, comme Viparis, « contestent formellement les allégations sans fondement portées à son encontre ».

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