A Paris, le musée des égouts s’est refait une beauté

Au musée des égouts de Paris.

En sortant de l’ascenseur, à six mètres sous la surface, l’odeur vous saisit. Rien d’épouvantable, de pestilentiel. Juste un fumet d’œuf pourri, léger mais tenace. Il prouve aux visiteurs qu’ils ne sont pas dans une reconstitution de cinéma, mais bien dans les égouts eux-mêmes. Dans « l’intestin de Paris », « le ventre du monstre », selon les mots choisis par Victor Hugo dans Les Misérables. « C’est une odeur d’hydrogène sulfuré, un gaz issu de la fermentation des eaux usées, explique Christophe Dalloz, responsable technique de l’eau et de l’assainissement à la Mairie de Paris. Ce gaz est le principal ennemi des égoutiers. C’est bien que vous le sentiez un peu. Sinon, cela signifie qu’il y en a trop, que vos neurones sont déjà atteints, et c’est très mauvais signe… » Pour l’heure, le petit compteur accroché à sa veste jaune émet un « bip » régulier, preuve que la qualité de l’air n’a rien d’alarmant.

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Bienvenue dans les égouts de Paris. Le musée situé au pont de l’Alma, rive gauche, avait fermé à l’été 2018 pour rénovation. Avec un an de retard, il ouvre de nouveau ses portes le samedi 23 octobre. Pour quelque 2 millions d’euros, le lieu créé en 1975 s’est refait une beauté. Le petit kiosque d’accueil a été détruit et remplacé par un pavillon de béton et d’acier prérouillé aux lignes épurées signé par le cabinet d’architectes Frenak + Jullien. Un ascenseur a été ajouté, afin que cet endroit insolite devienne accessible à tous. Et en bas, de lourds travaux ont été effectués par Vinci pour mieux mettre en valeur les 380 mètres de galeries voûtées.

Avec une contrainte forte : « Cet espace n’est pas seulement un musée, mais un site industriel en fonctionnement », souligne Colombe Brossel, l’adjointe à la maire chargée de la propreté. Y descendre, c’est marcher dans de vraies galeries bien fraîches, avec leurs plaques correspondant aux rues situées juste au-dessus : « avenue Bosquet », « rue Cognacq-Jay », etc. C’est longer des égouts de tailles variées, voir l’eau sale s’écouler, chasser quelques moustiques, et apercevoir parfois des rats bien vivants. « Comme le gaz, eux aussi présentent un intérêt, note l’une des guides qui assurent la visite. S’ils arrivent en masse d’un endroit, cela signale peut-être un problème en amont. » Au passage, les visiteurs peuvent observer et même toucher les outils utilisés pour curer les égouts, des énormes boules noires anciennes aux impressionnantes machines en métal d’aujourd’hui.

Symbole de la politique hygiéniste

Situé au bord de la Seine, juste à côté du fameux zouave de pierre qui sert à mesurer la hauteur du fleuve, le musée est posé sur un nœud reliant plusieurs grands égouts. Une bonne partie des eaux usées de la rive gauche y converge, s’enfonce dans des tuyaux sous la Seine, puis chemine à travers la rive droite jusqu’à la station d’épuration d’Achères (Yvelines). En moyenne, 145 000 mètres cubes d’eau transitent chaque jour sous les pieds des visiteurs. Le débit grimpe lorsqu’il pleut beaucoup. En cas de crue, une partie du site se retrouve inondée, et le musée doit fermer. L’eau peut monter jusqu’à un mètre dans la galerie principale. « Durant le chantier, on a dû évacuer nos compagnons une ou deux fois », raconte Assael Ehrmann, le responsable de Vinci qui a supervisé le projet.

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