A Paris, le POPB, l’arène rock aux pelouses vertes

La salle de concert Accor Arena à Paris.

De mémoire, ce ne fut pas le concert du siècle. Un son réglé trop fort, une première partie pénible du groupe allemand gothico-new wave Belphegor, et en vedette, U2 pour la deuxième partie de la tournée européenne The Unforgettable Fire. Le souvenir d’un Bono en petite forme vocale et d’un groupe qui, ce 10 février 1985, n’avait pas encore atteint la précision et la puissance scéniques de ses tournées suivantes. Ça, personne ne pouvait le deviner, et à 14 ans, l’émerveillement de cette première grand-messe rock avait de toute façon gommé bien des imperfections.

Ce qui était certain par contre, c’est que le POPB comme on l’appelait alors – avant que les lois mercantiles du « naming » transforment des années plus tard la salle parisienne en AccorHotels Arena et désormais en Accor Arena – allait devenir LE temple musical où on allait venir communier avec nos groupes et artistes favoris.

Inaugurée un an plus tôt, presque jour pour jour (le 3 février 1984, quelques jours après le Zenith), l’arène couverte de l’est parisien, avec ses vertes pelouses verticales au cordeau, ses gradins de sièges rouges et son immense fosse faite pour transpirer en foule, avait tout de l’écrin idéal pour accueillir les grandes tournées. De ceux qui offrent de la place pour les scénographies ambitieuses et consacrent les artistes les plus « vendeurs ».

Un rituel de passage

Il y avait le rituel des tickets, plus chers qu’ailleurs et parfois uniquement mis en vente sur place ; ces heures de queue pour être certain d’arracher les meilleures places tassées bien devant – tout cela se passe avant l’ère des billets numériques numérotés ; et à l’intérieur, une belle ambiance de stade de foot, les olas dans les travées, les publicités pour Yop sur les écrans, l’odeur mélangée du tabac et de la promiscuité, et les grondements des pieds qui tapent quand les groupes se font attendre.

La mythologie pop rock anglo-saxonne avait consacré des salles comme le Madison Square Garden à New York ou Wembley Arena à Londres, Paris se dotait enfin d’une Arena moderne qui reste, aujourd’hui encore, un rituel de passage, malgré la multiplication des lieux de spectacles taille XXL.

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Salle froide et sans âme, sono brouillonne… le POPB, pardon l’AccorArena on ne s’y fait pas, n’a pas que des fans. Et reconnaître que l’on adore son gigantisme revient à passer pour celui qui préfère courir les supermarchés plutôt que les allées d’une supérette bio. Depuis son ouverture, la salle a hélas un peu perdu de sa singularité. Elle s’est agrandie et embourgeoisée pour coller aux standards du divertissement mondialisé – bars à champagne, fauteuils noirs confortables et anodins, loges VIP… – et justifier des billets aux prix toujours plus élevés.

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