A Paris, le Studio de l’Ermitage, une oasis pour les musiques du monde

Le Studio de l’Ermitage, à Paris, en juillet 2021.

L’endroit a du vécu. C’est même quasiment un lieu de mémoire pour la rue qui abrite la salle perchée sur les hauteurs de Ménilmontant, dans le 20e arrondissement de Paris. Mon aventure avec cette ancienne petite usine de biscuits métamorphosée en salle de concert commence peu de temps après son ouverture. Intimiste, 250 personnes au maximum peuvent y entrer. Chaleureux, doté d’un bar acheté aux enchères dans un palace du boulevard Haussmann, d’une configuration originale avec sa mezzanine grâce à une belle hauteur sous plafond, le Studio de L’Ermitage (raccourci en L’Ermitage qui devient son nom d’usage), me séduit tout de suite pour son acoustique. On y vient pour ses choix de programmation, axés essentiellement sur les musiques du monde et le jazz.

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Biscuiterie transformée en entrepôt de maroquinerie, la bâtisse a été repérée par un couple parisien qui décide en 1989 d’y amener une autre vie en y aménageant trois salles de répétition. Des metteurs en scène (Claude Régy, Alfredo Arias ou Olivier Py), des chorégraphes (Mathilde Monnier, Philippe Decouflé) et des musiciens renommés (le saxophoniste Ornette Coleman, le pianiste Michel Petrucciani avec l’organiste Eddy Louiss) viendront travailler dans ces studios.

Repaire pour la communauté brésilienne

Début 2000, nouvelle mue : une seule des salles est conservée pour y accueillir les concerts. Ils vont se succéder à grand train. « Au début, il n’y avait pas une esthétique à proprement parler », raconte Yamilé Bengana, programmatrice, directrice adjointe et fille du patron fondateur du lieu. Musiques du monde, jazz ou chanson, presque tous les genres y ont leur place. Entre les jours de spectacle, la salle est parfois louée pour des mariages et des anniversaires.

Au fil des années, beaucoup de musiciens font le choix d’y « lancer » leur premier ou nouvel album. L’irrésistible chanteuse brésilienne Mônica Passos va m’y conquérir avec sa voix, sa joie et sa petite folie. J’y ai ri aussi sur la gouaille généreuse et les commentaires piquants de Manu Théron, chanteur leader du groupe vocal marseillais Lo Cor de la Plana. En 2006, j’y découvre l’orchestre féminin de tango Fleurs noires et, en 2015, le magnétique chanteur de raï Sofiane Saidi, qui va confirmer sur la scène de l’Ermitage tout le bien que j’avais pensé de son album El Mordjane.

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Cette année-là, je m’y laisse surprendre par l’émouvant chanteur et pianiste éthiopien Girma Bèyènè, invité par le quintette parisien Akalé Wubé, qui se produit très régulièrement dans cette salle. L’endroit est devenu un repaire pour la communauté brésilienne qui aime s’y retrouver pour danser la samba au son du cavaquinho et du pandeiro, les derniers dimanches de chaque mois à la « Roda do Cavaco ». Il y a deux ou trois ans, lors d’une fête de la musique, la « Roda do Cavaco » a fini dans la rue pendant la canicule. Le thermomètre avait grimpé trop haut à l’intérieur.

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