A Paris, les boutiques de luxe apprennent à vivre sans les touristes chinois

Aux Galeries Lafayette, à Paris, en mai 2020.

Le voiturier de la boutique Chanel de la rue Saint-Honoré est catégorique : « Les clients étrangers sont de retour à Paris », affirme-t-il, mardi 28 septembre. « Enfin ! », se félicitent aussi les deux concierges de l’hôtel Costes situé sur cette artère parisienne connue pour ses magasins de luxe. De fait, tout le quartier du « triangle d’or » frémit. La place Vendôme est encombrée de vans Mercedes noirs, de Ferrari et de voitures rutilantes. « La Fashion Week a réveillé le quartier », à en croire ces vigies.

La semaine de défilés des collections printemps-été 2022 d’une trentaine de marques et de créateurs de mode féminine, première édition en présentiel depuis le début de la pandémie de Covid-19, se tient dans la capitale jusqu’au 5 octobre. Mais, à son issu, le quartier risque de retomber en léthargie. Car, cette année, les boutiques de luxe ne verront pas débarquer les touristes chinois qui, début octobre, d’habitude, visitent Paris lors de la « Golden Week », période de congés accordés à l’occasion de la fête nationale de la République populaire de Chine.

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Leur absence s’est déjà fortement ressentie, lors des étés 2020 et 2021, dans les grands magasins du boulevard Haussmann et dans les boutiques de luxe de l’avenue Montaigne et du quartier Saint-Honoré. Les grandes enseignes ont alors dû se contenter de touristes américains, de ressortissants de pays du Golfe, dont des Qataris et des Dubaïotes, et de Français de passage à Paris. Le Printemps vante toutefois « la très bonne résistance du chiffre d’affaires en juillet et en août », avec une progression d’activité de 30 % en moyenne par rapport à 2020. Soit un recul de l’ordre de 16 % par rapport à 2019. Un progrès dû à la clientèle locale, en hausse de 12 % par rapport à 2019. Les touristes chinois, eux, ne seront pas de retour de sitôt. « Il faudra patienter jusqu’à fin 2022 », prédit Adeline Fiani, spécialiste des tour-opérateurs dans la capitale.

« Leur concept doit évoluer »

En attendant, les directions des grands magasins phosphorent. « Leur concept doit évoluer », estime Paul Szczerba, fondateur de la marque de prêt-à-porter masculin Balibaris, vendue au Printemps et aux Galeries Lafayette. Jean-Marc Bellaiche, président du Printemps depuis fin 2020, a élaboré une nouvelle stratégie pour « redresser » l’enseigne en France. Elle se doit de rattraper la clientèle parisienne qu’elle a délaissée pendant des années en lui préférant les touristes argentés.

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Le grand magasin s’emploie aussi à séduire les jeunes sensibles à l’impact environnemental de leur consommation d’habillement. A Paris, boulevard Hausmann, l’enseigne a ouvert, mercredi 22 septembre, le « 7e ciel », un espace consacré aux produits d’occasion. Le tout a été imaginé et monté en neuf mois. Son voisin, les Galeries Lafayette, a également inauguré un espace consacré à cette offre de seconde main et d’habillement fabriqué à partir de matières recyclées ; le (Re) Store s’étend sur 500 m². Ce concept devrait être étendu aux magasins de Nantes et de Lyon.

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