A Paris, les terrasses éphémères vont devenir une solution permanente

Des gens boivent un verre en terrasse d’un bar, quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement parisien, le 23 juillet 2020.

Il n’y en a pas une pareille à l’autre. Certaines se résument à trois tables et six chaises serrées sur le bitume. D’autres sont protégées par de savantes palissades plus ou moins artistiques. Elles se cantonnent parfois à un bout de trottoir, ou prennent leurs aises sur plusieurs places de stationnement. Quelques-unes sont même implantées au milieu de la chaussée, entre les voitures et les vélos, comme rue Lafayette. Des bambous, des parasols, voire un toit léger, s’ajoutent ici ou là au décor. Le mobilier est tout aussi disparate. Le résultat ? Un festival de créativité, applaudissent les uns. Une esthétique « entre dépotoir et fête foraine de ZAD », pestent les autres.

A Paris, les terrasses ouvertes dans le cadre de la crise sanitaire sont en train de s’ancrer dans la durée. En deux mois, la Mairie a reçu plus de 6 800 demandes de cafés et de restaurants pour des installations pérennes. Les autorisations qu’elle s’apprête à donner vont transformer profondément le paysage urbain. Une nouvelle ville se dessine. Les Parisiens inquiets des nuisances se sont déjà emparés du dossier. Un sujet sensible de plus pour Anne Hidalgo, maire socialiste de la capitale mais aussi candidate à la présidence de la République.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Présidentielle 2022 : Anne Hidalgo, candidate en phase de « déparisiannisation »

Au départ, ce n’était qu’une mesure transitoire. Un coup de pouce accordé aux restaurateurs, en pleine crise sanitaire. « Au printemps 2020, on a mis en place un système très simple, relate Olivia Polski, l’adjointe chargée du commerce. Une déclaration assortie d’une dizaine d’engagements suffisait pour étendre sa terrasse ou en ouvrir une. Cela a été un vrai succès pour les commerçants comme pour les Parisiens. » Alors que la capitale comptait environ 12 000 terrasses avant le Covid-19, la Mairie reçoit alors un nombre équivalent de déclarations pour développer celles qui existaient ou en créer de nouvelles.

La mairie débordée

Tout a changé depuis le 1er juillet. Fini, le dispositif ultra-souple de la déclaration. Désormais, cafés et restaurants doivent demander un feu vert formel avant de créer ou d’étendre une terrasse, soit durant sept mois de l’année, soit, pour certaines, toute l’année. En échange, les professionnels ont obtenu que les autorisations deviennent durables. Leur validité officielle est certes d’un an seulement, mais, si l’administration ne dit rien, elles sont reconduites d’une année sur l’autre. Plus aucun lien n’est établi avec le Covid. Autant dire que les terrasses qui ont poussé comme des champignons dans toute la ville et semblaient vouées à disparaître aussi vite sont là pour longtemps. Ephémères et éternelles en même temps.

Il vous reste 69.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.