A Perpignan, un travail artistique avec les Gitans

Par Brigitte Salino

Publié aujourd’hui à 00h59

Lui, c’est Mambo, chanteur de rumba catalane. Un des patriarches de Saint-Jacques, le quartier gitan de Perpignan. 66 ans, tout de noir vêtu, élégant et charmeur pour peu qu’on lui convienne. Il est assis sur une chaise pliante, comme tous les hommes qui prennent place dehors. Nous sommes le 27 août, sur la place du Puig, qui domine la ville. Les rues étroites coulent comme des rigoles vers le centre. Elles sont sales. A quelques minutes du cœur commerçant, les ordures débordent des poubelles. Les Gitans se plaignent qu’elles ne soient pas ramassées tous les jours, la municipalité rétorque que c’est faux, que l’incivilité règne. Et la drogue s’en mêle.

Dans la nuit du 8 au 9 août, un jeune homme de 23 ans a été tué au cours d’un règlement de comptes entre bandes de deal rivales. Louis Aliot, le maire RN (Rassemblement national) depuis le 3 juillet 2020, a aussitôt réagi. Ce 27 août, il tient une réunion dans le quartier. Roberto Saadna junior, fils de Mambo, passe sur la place pour dire à son père qu’il va écouter le maire. Quand il revient, il fulmine : « Il était avec ses quatre gardes du corps. Il a dit qu’ils allaient raser des îlots. Je lui ai dit : vous faites comme les autres, c’est même pas la peine de discuter. » « Ici, on a voté RN, précise Mambo, parce qu’ils disaient qu’ils s’occuperaient de nous. »

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Drogue et misère

Louis Aliot a annoncé que l’immeuble Bétriu, connu pour être un centre de deal de la ville, allait être détruit par la mairie, qui l’a racheté et s’engage à en construire un autre. En tout, la municipalité prévoit d’engager 70 millions d’euros pour rénover le quartier. Pour certains Gitans, c’est une bonne solution. Pour d’autres, cela ne fera que déplacer le problème. « Je ne veux pas que Perpignan devienne Marseille », a déclaré Louis Aliot. « Perpignan, c’est comme Marseille, Grigny ou Noisy-le-Sec, répond Mambo, qui le déplore. Le quartier a changé. Avant, il y avait le respect des coutumes, des ancêtres. La drogue abîme tout. Et les enfants vont de moins en moins à l’école. J’y allais, je sais lire et écrire. »

Et la misère n’arrange rien. Saint-Jacques (4 000 habitants estimés) est un des quartiers les plus pauvres de France. On y vit essentiellement du RSA, du chômage et des aides de l’Etat. Sédentarisés depuis des siècles, catholiques à l’origine, devenus évangélistes au cours des dernières décennies, les Gitans de Perpignan parlent leur propre langue – « du catalan métissé de mots à nous, pour qu’on ne nous comprenne pas », dit Roberto Saadna Junior, chanteur, comme son père. Ce que les Gitans détestent surtout, c’est le voyeurisme : qu’on vienne faire un tour dans leur quartier par curiosité. « Les paillous [les non-Gitans] racontent n’importe quoi. Si tu vis pas avec les Gitans, tu peux pas comprendre », résume Mambo.

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