« A quoi sert encore le GIEC ? »

Chronique. Etait-ce longtemps après les inondations catastrophiques qui ont endeuillé l’Allemagne et la Belgique ? Etait-ce avant ou après celles qui ont dévasté la grande ville chinoise de Zhengzhou, l’ouest du Japon ou le nord de la Turquie ? Avant ou après le désormais fameux « dôme de chaleur » qui a écrasé l’Amérique du Nord sous des températures frôlant les 50 °C ? Avant ou après le début des grands incendies qui ont carbonisé 17 millions d’hectares de forêts sibériennes ? Au cœur de l’été, au milieu d’une série de catastrophes si étourdissante qu’on en perd la chronologie, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rendu le premier volet de son sixième rapport d’évaluation – « AR6 », pour les intimes.

La remise de ces rapports est toujours un moment important. Depuis sa création, à la fin des années 1980, le GIEC a joué un rôle crucial dans la construction du consensus scientifique sur la réalité et les causes anthropiques du réchauffement, et dans la prise de conscience des risques qu’il représente.

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Mais, plus de trois décennies après sa création, et alors que la dérive climatique se poursuit ne varietur, il est peut-être temps de se demander si le célèbre groupe d’experts – en réalité simple émanation des communautés scientifiques compétentes – sert encore à quelque chose. Et, aussi iconoclaste que cela puisse sembler, il est même possible de se demander si son existence et son activité ne deviennent pas, à terme, contre-productives.

Rassembler le savoir disponible

Le GIEC inscrit son travail dans un cycle sans fin. Aussitôt le sixième rapport rendu, le septième est mis en chantier. Un huitième lui succédera, et ainsi de suite. L’expertise apparaît ainsi toujours inachevée, comme si elle était sans cesse à parfaire, à jamais insuffisante. Peu importe ce qu’y disent les scientifiques, en somme, et peu importe la force de leurs conclusions : le seul fait qu’il semble falloir que de nouveaux rapports s’ajoutent aux rapports déjà rendus produit la possibilité d’une éternelle procrastination. En réalité, il n’y a rien dans l’AR6 qui serait susceptible de déclencher l’action politique, et qui n’ait pas été écrit dans l’AR5. Et l’AR7 ne dira rien de suffisamment différent de ce qu’a établi l’AR6 pour enjoindre l’action.

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Sur la question climatique, toute la connaissance requise pour mettre en mouvement l’action politique est disponible, et depuis longtemps. Bien sûr, poursuivre la recherche, acquérir de nouvelles connaissances demeure utile et nécessaire, et la communauté scientifique doit poursuivre ses investigations sur toutes les questions posées par le réchauffement. Mais le GIEC, en lui-même, ne produit aucune connaissance nouvelle : son mandat est de rassembler régulièrement le savoir disponible dans la littérature savante et de le présenter aux décideurs de manière « pertinente pour la prise de décision », mais non prescriptrice.

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