A Rome, nuit de rêve à la Villa Médicis

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Publié aujourd’hui à 00h05, mis à jour à 09h42

Cette scène-là n’est jamais plus fascinante que lorsque le rideau est baissé. En dehors des heures d’ouverture, on ne peut pas entrer la tête haute dans la Villa Médicis. Il faut se faufiler par une porte lourde et minuscule, haute d’à peine plus d’un mètre cinquante et pas bien large, pour passer le seuil.

Ainsi l’effet n’est-il que plus spectaculaire : on s’incline, on avance d’un pas et, en un clin d’œil, le silence se fait. Face à nous, un escalier monumental éclairé par des « servantes », ces lampes de théâtre qui restent perpétuellement allumées, même lorsque la salle est plongée dans le noir. Après deux volées de marches, on poursuit l’ascension en s’engageant dans un escalier à vis, conduisant aux salons et à la loggia, qui s’ouvre sur des jardins à l’italienne et un parc de sept hectares, parfaitement ordonnés.

Vue depuis les tourettes de la Villa.
Le carré des Niobides dans le jardin de la Villa Médicis, moulages de statues antiques restaurés au XXe siècle par le sculpteur Michel Bourbon à la demande de Balthus, alors directeur de la Villa.

Plus loin, à l’écart des lieux ouverts à la visite, on trouvera les ateliers dans lesquels logent les seize pensionnaires hébergés par l’Académie de France à Rome, de jeunes artistes issus de toutes les disciplines, qui ont gagné, après une impitoyable sélection, le privilège de vivre le temps d’une année dans ce cadre unique au monde.

Douceur et harmonie

Côté ville, la Villa Médicis affiche les dehors un peu intimidants d’un palais Renaissance placé en surplomb du centre historique de Rome, sur la colline du Pincio. Mais une fois qu’on a gagné les jardins, l’impression est tout autre. Vue de la loggia, en effet, la Villa n’est que douceur et harmonie.

Elle a un côté pile et un côté face, et cette dualité se retrouve à tous les niveaux. Comme le chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant dans une célèbre expérience intellectuelle de physique quantique, c’est un lieu à la fois ouvert et fermé, ancré dans le patrimoine et voué à la création, propice au travail et idéal pour la contemplation.

Vue de la Chambre turque, conçue par Horace Vernet en 1830 (directeur de l’Académie de 1829 à1834).

Des visites guidées, en groupe, d’une partie de la Villa et des jardins sont organisées toute la journée, et le quotidien de la Villa est scandé d’événements ponctuels et ouverts au public. Jusqu’en février 2022, dans les jardins, est présentée une exposition du photographe anglais Martin Parr et de la revue ToiletPaper, cofondée par l’artiste italien contemporain Maurizio Cattelan.

Appartement historique du cardinal Ferdinand de Médicis (1549-1609), avec son décor Renaissance et ses plafonds peints par Jacopo Zucchi, à la fin du XVIe siècle.
Détail de la chambre des Eléments, l’une des trois pièces de l’appartement du cardinal de Médicis.

Mais, là encore, l’équilibre est fragile : que l’institution s’ouvre trop, et les artistes ne pourraient plus créer dans les meilleures conditions. Ainsi, la Villa Médicis se couperait de sa vocation première. Qu’elle se referme sur ses secrets, et cela ne ferait qu’accroître l’image caricaturale d’un lieu coupé du monde et peuplé de privilégiés.

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