A Saint-Jean-de-Luz, les « ondes vibratoires » du Carlos Lafitenia ne convainquent pas

Le bar-restaurant Carlos Lafitenia, à  Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), sur le front de mer classé Natura 2000.

Un bar branché

A Acotz, à 5 kilomètres du centre de Saint-Jean-de-Luz, l’ouverture en juillet d’un restaurant-bar ­branché, le Carlos Lafitenia, a entraîné une levée de boucliers d’une partie de la population. En guise de bienvenue, un collectif citoyen informel a lancé une pétition, « Non au Carlos Lafitenia », qui a recueilli près de 25 000 signatures. Ses auteurs évoquent des aménagements pouvant ­porter atteinte à l’environnement. Le ­collectif avait prévu d’organiser un pique-nique de protestation le 12 août, mais les propriétaires du bar ont assigné en référé pour diffamation quatre personnes du mouvement, procédure qui a abouti à une conciliation. Le collectif a dû annuler le pique-nique et la pétition.

Loin de l’esprit camping

Sur son site Internet, le Carlos Lafitenia se présente comme « un lieu de vie »,« les ondes vibratoires (…) emportent chacun vers un moment de calme ». Porté par Charles et Alexandra Cuxac, propriétaires du Carlos Biarritz, l’endroit, qui accueillait auparavant le camping La Playa, propose transats et espace de restauration. Pour 2022, le couple a prévu d’ouvrir des « éco-lodges ». Un nouveau lieu aux antipodes des établissements alentour, « surtout des campings familiaux », explique Peio Etcheverry-Ainchart, élu d’opposition à Saint-Jean-de-Luz, au sein du groupe Herri Berri (« Ville nouvelle ») et signataire de la pétition.

Elagage sauvage

Le restaurant-bar est installé dans une zone classée en grande partie Natura 2000. Les opposants reprochent aux gérants, photos à l’appui, d’avoir coupé plusieurs arbres. Ils déplorent aussi le recouvrement des sols par du sable, « ce qui favorise l’érosion », estime un des citoyens opposés au projet, préférant garder ­l’anonymat. Contacté, le gérant, Charles Cuxac ne souhaite pas réagir. Le site Internet du Carlos Lafitenia explique néanmoins que « malgré un élagage nécessaire mais mesuré, le lieu reste un petit éden que nul ne saurait abîmer ». La mairie nous fait savoir qu’un procès verbal d’infraction au code de l’urbanisme a été dressé, et transmis au procureur de la République de Bayonne. L’enquête suit son cours.

Symbole de la spéculation

Sur les réseaux sociaux, certains habitants s’énervent : « le Pays basque n’est pas à vendre », « on n’est pas à Saint-Tropez ici ! ». « Derrière ce projet plutôt anecdotique, c’est la symbolique qu’il revêt qui inquiète », analyse Peio Etcheverry-Ainchart. Car ces dernières années, de nombreux projets immobiliers ont rencontré l’hostilité des locaux. L’élu évoque une côte basque perçue comme une « poule aux œufs d’or » avec une multiplication de projets qui « dégradent l’environnement », ou encore la spéculation autour des terres agricoles peu à peu grignotées par les résidences secondaires. « C’est devenu le Far West, je n’ai pas d’autres mots », ­estime-t-il, amer.