A Stockholm, le siège d’Acne Studios fait école

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Publié aujourd’hui à 10h00

L’ancienne salle de cinéma devenue cantine.

Le centre névralgique du siège d’Acne Studios, à Stockholm, est différent de celui d’autres marques de mode. Il ne s’agit ni du bureau du directeur de la création et cofondateur de la maison, Jonny Johansson, au dernier étage, ni du studio de design. Ni même d’une salle de réunion ou d’un showroom, ces vastes pièces où sont entreposées les collections. Le cœur des locaux, c’est la cantine, au sous-sol. Une vaste salle, aux murs couverts de miroirs, meublée de grandes tables rondes. Egalitarisme scandinave oblige, Jonny Johansson et les autres membres de l’état-major d’Acne Studios n’ont pas de passe-droit dans la file d’attente pour les plats chauds ni de places réservées. Stagiaires et designers se côtoient, des réunions s’improvisent.

« Ici, c’est un lieu de travail, comme une école. Dans un collège, les élèves circulent d’une classe à l’autre, se retrouvent dans la cour, mangent à côté de leurs professeurs. Avec ce bâtiment, on avait vraiment envie de reproduire cette idée. » Jonny Johansson, le directeur

Le spectacle de ces quelques dizaines de personnes qui, en ce début d’automne, mangent des enchiladas (végétariennes ou carnées) en discutant boulot, a de quoi surprendre. En un coup d’œil, on se sent vieux devant cette petite foule, dont une grande partie semble être née dans la seconde moitié des années 1990, on se trouve si peu cosmopolite à les entendre évoquer leurs pays d’origine ou leurs parcours. Surtout, on se regarde soi-même, et on se juge dépassé devant leurs tenues, osées, colorées, étonné que l’un vienne au travail en costume croisé sur un torse nu, que telle autre ait superposé deux jupes autour de sa taille.

Depuis fin 2019, Acne Studios est installé ici, au numéro 13 de Floragatan, une paisible artère du quartier d’Östermalm, dans le nord de Stockholm, où se succèdent les ambassades. Le bâtiment, sept étages de béton construits en 1972 par l’architecte tchèque Jan Bočan, est l’ancienne représentation diplomatique d’un pays qui n’existe plus, la Tchécoslovaquie. Auparavant, la marque, à l’origine une agence créative, fondée en 1996, qui avait pris le nom d’Ambition to Create Novel Expressions – d’où l’acronyme dermatologique –, était installée dans le centre historique de la capitale suédoise. « En tant que jeune marque, nous avions besoin de classicisme, de nous inscrire dans un contexte historique », dit Johansson.

Aujourd’hui, Acne est une entreprise importante, avec 500 points de vente, 70 boutiques en propre et 900 salariés dans le monde, et un chiffre d’affaires annuel de quasiment 300 millions d’euros (resté solide pendant la pandémie). La donne n’est plus la même. « Il nous fallait un endroit fonctionnel, créatif », estime le directeur de la création.

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