« A toi, l’élève inconnu du baccalauréat de philo »

Tribune. A toi, l’élève inconnu du bac philo, puisque ta copie est anonyme, je t’envoie une réponse en faisant un usage public et non anonyme de ma raison. J’espère ainsi qu’elle te parviendra. Ta copie traduit de façon édifiante l’ensemble des problèmes devant lesquels l’institution a mis les professeurs de philosophie, durant cette année scolaire et en particulier pour la correction de l’épreuve de philosophie.

Je vais donc me servir de ton « travail » pour illustrer comment le système lui-même a fait du bac philo un désastre institutionnel, désastre dans lequel tu as sauté à pieds joints. Dans ta copie, tu me fais rapidement comprendre que ta priorité du jour n’est pas de réussir l’épreuve mais de sortir de la salle à l’issue du temps réglementaire : une heure. Pour passer le temps, tu commences à traiter le sujet que tu as choisi (« Discuter, est-ce renoncer à la violence ? ») par quelques réflexions.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Bac de philosophie : la colère des enseignants face à une numérisation « absurde » des copies

Tu me parles de « bastons » dans les cours de collège, de « castagne » et des « gens qui ne se maravent pas la gueule pour le plaisir ». Après cette idée géniale, tu me mets au courant du temps qui passe : « J’ai encore 45 minutes à tuer. » Puis tu te soucies de mon sort (merci) : tu envisages trois hypothèses expliquant pourquoi je n’ai pas abandonné la lecture de ton propos au bout de quinze lignes.

1 – « Si vous lisez encore ce que je dis, c’est soit parce que c’est intéressant… » : oui, je suis curieux de voir jusqu’où tu vas aller.

2 – « (…) soit parce que vous êtes obligé par les directives de notre cher Blanquer (ou “Blanquette” pour les intimes) » : en fait, le métier de professeur de philosophie consiste notamment à évaluer des copies du bac. Je ne te fais donc pas une fleur en te lisant, mais mon travail normal.

3- « (…) soit parce que vous avez du temps à tuer. » Ce n’est pas grand-chose mais sache que, grâce à ta copie, tu m’as fait gagner 5 euros (enfin, « tu me feras gagner » car il faut cinq mois à l’administration pour s’acquitter de son dû).

Le jeu des petits arrangements

Ensuite, tu me souhaites « bonne chance pour cette année » (l’année est finie, non ?), « vous devez être désespéré de voir des copies comme les miennes ». Désespéré, non. Ton propos est tellement convenu, tellement téléphoné. Il est le fruit de la mesure-phare de notre ministre de l’éducation nationale, qui a scandaleusement cédé à la pression de quelques lycéens : t’offrir de deux notes, l’une, la meilleure entre ta moyenne annuelle et la note de l’épreuve finale.

Il vous reste 54.71% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.