A Toulouse, le mois lumineux du Printemps de septembre

Il fallait du flair, ou de l’inconscience, pour se lancer dans une telle aventure. Voire les deux ? Quand Marie-Thérèse Perrin décide de créer Le Printemps de la photo, il y a trente ans, dans la petite cité de Cahors (Lot), qui aurait misé sur l’avenir ? « Tout est parti sur un pari un peu fou », se souvient la collectionneuse, dont l’ambition se borne alors à « faire parler de la photo qu’[elle] adore, et de cette ville qu’[elle] aime ». Faisant fi des oiseaux de mauvais augure, le festival célèbre en ce début d’automne trois décennies d’existence, à Toulouse, où il a déménagé en 2001. Il en a eu, des vies et des visages, en trente ans : Printemps de Cahors, Artist Comes First… il a souvent changé de nom, de saison, de rythme. Le voilà biennal et automnal. Contre vents et marées – les difficultés financières, les retournements politiques –, il a préservé son alchimie : déambulation urbaine, œuvres produites in situ, sites patrimoniaux, le tout servi sur fond de soirées éclectiques où se pressent la jeune garde de la danse, des performers et des DJ.

Ses orientations esthétiques ont en revanche évolué avec l’esprit du temps. A ses débuts, le Printemps s’est cherché une singularité en se dévouant à la photographie plasticienne, alors en plein essor : il lui fallait percer entre Visa pour l’image (le festival du photojournalisme de Perpignan) et Rencontres d’Arles. Mais rapidement il s’est ouvert à tous les champs de l’image, puis de l’art contemporain, sous l’impulsion de ses directeurs successifs, Régis Durand, Jérôme Sans, Christine Macel, Marta Gili. « J’ai toujours donné une grande liberté aux commissaires, comme eux l’ont donnée à leur tour aux artistes », souligne Marie-Thérèse Perrin, alias « Mathé », qui préside la structure désormais bien implantée à Toulouse.

Un modèle pour d’autres villes

D’une année à l’autre, les éditions sont inégales, mais souvent la magie opère. Forte d’un patrimoine exceptionnel, Toulouse a plus d’un atout à mettre en valeur, du couvent des Jacobins au Musée des Abattoirs. Au fil de leur dérive et des éditions, les visiteurs ont pu entendre des voix dans les écluses et les églises, voir atterrir des ovnis au bord de la Garonne, découvrir des pièces maîtresses. Parfois même, les œuvres se posent dans la ville de façon pérenne, comme les gouttes de lumière de Sarkis dans l’église des Jacobins, ou la flamboyante installation de Jorge Pardo dans la salle des chapiteaux romans du Musée des Augustins.

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