A Tunis, une regrettable campagne de dénigrement contre la correspondante du « Monde »

La correspondante du Monde à Tunis, Lilia Blaise (qui collabore à d’autres médias, dont France 24), est la cible depuis une quinzaine de jours d’une campagne haineuse sur les réseaux sociaux en Tunisie mettant en doute de manière inacceptable son intégrité professionnelle.

Cette vague d’attaques survient dans le nouveau contexte crée par le coup de force du président Kaïs Saïed qui s’est arrogé le 25 juillet les pleins pouvoirs en invoquant l’article 80 de la Constitution sur « l’état d’exception ». Dans sa couverture de l’événement, Le Monde n’a cessé de rappeler que l’initiative du président Saïed avait recueilli un soutien populaire franc et massif en raison du discrédit qui frappait la classe politique en place, au sein de laquelle Ennahda, le parti issu de la matrice islamiste, occupait une position centrale.

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Les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 ont en effet échoué à enrayer la stagnation économique et sociale, la montée de la corruption, la paralysie des institutions et, plus récemment, un emballement désastreux de l’épidémie de Covid-19. Le Monde n’a cessé de chroniquer ces dernières années cette crise multiforme qui a ouvert la voie à l’actuel état d’exception – ce qui n’interdit pas de se faire l’écho des interrogations légitimes sur les risques qu’il recèle.

Un procès aussi absurde qu’injuste

Malgré cette couverture tout en nuances, Lilia Blaise est violemment attaquée sur les réseaux sociaux par un groupe d’internautes qui l’accusent de partialité pro-Ennahda. Le procès est aussi absurde qu’injuste. Ses détracteurs pensent avoir trouvé la « preuve » d’une telle collusion dans le fait que son adresse électronique (en sa qualité à l’époque de correspondante free lance du New York Times) figurait dans un document d’une entreprise de communication avec lequel Ennahda avait passé un contrat – mention dont Lilia Blaise n’est nullement responsable. Tous les journalistes du monde figurent sur des listes d’adresses de communicants qui leur transmettent communiqués ou newsletters, sans que cela n’implique de connivence particulière.

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Le Monde est extrêmement choqué par la violence de la campagne qui vise sa correspondante à Tunis dans un climat où s’abolit toute nuance. Nous alertons sur les dangers que comporte une telle vague de haine qui risque à terme de jeter le trouble sur l’état du débat public en Tunisie et donc sur l’image du pays à l’extérieur.

Le Monde est volontiers disposé à accepter la critique quand elle est fondée et de bonne foi – ce qui n’est hélas pas le cas dans le procès actuel. Nous renouvelons notre entière confiance dans l’intégrité professionnelle de Lilia Blaise dont nous saluons le travail scrupuleux et équilibré.