A Venise, Valentino comme dans un tableau

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Publié aujourd’hui à 10h44

Un dialogue entre la mode et l’art. C’est ainsi que Pierpaolo Piccioli, directeur artistique de la maison Valentino, a envisagé sa collection haute couture automne-hiver 2021-2022, présentée au sein des Gaggiandre de l’arsenal de Venise, le jeudi 15 juillet. Ces grandes arches, qui accueillaient la construction des bateaux au temps de la Renaissance, abritent une partie des expositions de la Biennale de l’architecture, qui se tient jusqu’en novembre.

Baptisée « Valentino des ateliers », cette collection est en partie le fruit de nombreux échanges entre le couturier romain et 17 artistes contemporains. « Cela fait plusieurs mois que je réfléchis à cette collection particulière. Pour moi, la mode n’est pas de l’art car elle doit toujours avoir une réflexion sur le corps. Pourtant, les deux disciplines sont des représentations de l’époque, une forme d’expression singulière », explique Pierpaolo Piccioli, que l’on rencontre dans les locaux parisiens de Valentino, quelques jours avant le défilé vénitien.

Valentino.

Italiens, Américains, Chinois ou Allemand, les artistes associés à cette collection sont, pour la majorité d’entre eux, peintres. « La peinture est à l’art ce que la haute couture est à la mode, son expression la plus pure, la plus antique », détaille le couturier. Le challenge ? Ne pas tomber dans la facilité en appliquant des reproductions des œuvres sur des vêtements, aussi beaux soient-ils. « Je ne voulais pas faire une version couture de leur travail ou proposer un
tee-shirt sorti tout droit de la boutique d’un musée
. Beaucoup d’entre eux ont puisé leur inspiration à travers nos conversations. »

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Valentino.

Chaque artiste a ainsi été pleinement associé au travail des ateliers, en témoignent les photos issues des conversations Zoom affichées sur les cahiers d’inspirations disposés dans le showroom. Ainsi, l’Anglaise James « Jamie » Nares, réputée pour ses coups de pinceau répétés sur de grandes toiles blanches, donnant l’impression de larges rubans, voit son œuvre interprétée sur un grand manteau blanc accompagné d’une longue robe bustier :
« Quand je l’ai rencontrée, je me suis dit qu’il fallait quelque chose de très féminin, avec du mouvement et à la fois une dimension dramatique pour exprimer au mieux son art », explique Pierpaolo Piccioli.

720 heures de travail, 10 matériaux

La peinture naïve et colorée de l’Italienne Sofia Silva s’exprime quant à elle sur une petite veste de tailleur en cachemire associée à une jupe en crêpe de laine imprimée. « Un tailleur représente bien l’esprit de cette artiste peintre, qui est aussi écrivain. Pour cette pièce, j’ai décidé d’utiliser les instruments de mon langage. Ce que l’on pourrait prendre pour de petits coups de pinceau sont en fait des fils brodés. »

Les mains poétiques du peintre italien Alessandro Teoldi sont projetées sur une volumineuse robe en soie et velours rouge, qui aura nécessité 720 heures de travail et 10 matériaux différents. « La valeur de la haute couture ne se mesure pas à son prix mais au temps passé sur la création, à l’investissement humain des ateliers », insiste Pierpaolo Piccioli. La main derrière la création est ici visible tout au long des 84 passages de la collection, chaque silhouette est d’ailleurs baptisée des noms des artisans l’ayant façonnée. Au total, 19 d’entre elles ont été imaginées en collaboration avec des artistes.

Valentino.
La chanteuse Cosima, lors du défilé couture Valentino.

Jouer sur les proportions et les volumes : un exercice que le créateur romain maîtrise comme personne. Minirobes boules drapées, capes en cachemire, tops en rubans d’organza, grands manteaux rehaussés de capuches, robes de bal drapées et plissées en taffetas soutenues par des crinolines imposant une démarche altière… De grands chapeaux en plumes d’autruche, imaginés par Philip Treacy, ponctuent la collection et accompagnent des robes-capes en gazar et crêpe de chine ou encore une combinaison bustier en satin duchesse gris perle. L’allure, majestueuse, est servie par une palette de couleurs éclatante, du rose fuchsia au vert émeraude en passant par un violet soutenu ou du rouge carmin.
Les quelques silhouettes hommes, elles, offrent un regard singulier sur le vestiaire masculin : de la couleur, des paillettes, de la superposition. Bref, de l’audace.

A l’issue du défilé, alors que les équipes Valentino laissent exploser leur joie en coulisses,
la chanteuse anglaise Cosima interprète l’envoûtant Calling You, de Jevetta Steele. Un moment hors du temps.

Valentino.
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Valentino.
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