A Visa pour l’image, Guillaume Herbaut raconte la France sous le masque

Un buste de Marianne dans le quartier du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). C’est dans ce même quartier qu’ont débuté les émeutes des banlieues de 2005.

La scène est étrange, quasi irréelle : dans la mairie du XXe arrondissement de Paris, au deuxième tour des élections municipales de 2020, le président du bureau, entouré de ses assesseurs soigneusement masqués, bras grands ouverts pour accueillir les visiteurs, semble rejouer La Cène de Leonard de Vinci. Le tout sous le regard de… Gambetta. L’ancien président du conseil qui marqua la IIIe République est en fait une statue de cire à taille réelle, qui confère à l’image des allures anachroniques.

Drôle et grinçante, la photo de Guillaume Herbaut donne le ton de son exposition, « La Ve », présentée au festival de photojournalisme Visa pour l’image, qui doit ouvrir le 28 août à Perpignan : une plongée inquiète dans la France, secouée dans ses fondations par la période du Covid-19. Le photographe de 50 ans, qu’on connaît pour son travail documentaire très personnel dans des lieux de mémoire comme Tchernobyl ou Nagasaki, a cette fois travaillé chez lui. Un retour aux sources né du premier confinement, en 2020. « Comme tous les photographes, j’ai été cloué sur place, mes projets et voyages annulés, raconte-t-il. A la fin j’étais vidé, je n’avais plus d’idées, et je me suis dit qu’il fallait que je refasse mes gammes de photoreporter, en allant sentir l’ambiance de la rue. »

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Sans commande de presse, sans objectif précis, il suit les manifestations, les débats à l’Assemblée nationale, les soupes populaires, les inaugurations… Et au bout d’un mois, en regardant ses images, il est frappé par leur tonalité. « En éditant mes photos, je me suis rendu compte que je montrais un ensemble de symboles républicains dans un pays qui n’allait pas très bien. Il y avait une colère qui gronde, quelque chose d’assez profond. On a l’impression que le confinement a juste mis sous une cocotte-minute les problèmes d’avant. J’ai décidé de creuser le sujet, de visiter des lieux symboliques de l’Etat et des institutions, mais aussi d’aborder la crise sociale et économique. »

Cassure entre citoyens et politique

Dans ses images, le photographe met en scène avec finesse la fragilisation des principes et de l’histoire de la République : la contestation de la laïcité avec l’assassinat de Samuel Paty, enseignant qui avait présenté en classe une caricature de Mahomet, les statues de l’époque coloniale vandalisées, l’appel à la VIe République par les « gilets jaunes »… Ses photos débordent de bleu-blanc-rouge, jusqu’à l’écœurement. Mais les symboles républicains semblent soit fragiles, soit ridicules. Des petites gourdes tricolores s’alignent sagement dans un cocktail donné au Conseil économique et social.

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