Aberdeen, la capitale britannique des hydrocarbures, « vit encore au rythme des cours du brut »

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Publié aujourd’hui à 10h46, mis à jour à 10h48

Depuis le golf municipal de Nigg Bay, en surplomb du port d’Aberdeen, Lesley-Anne, Susan et Ishbel embrassent la vue du regard : la pelouse vert bouteille, la mer grise en contrebas, et à quai, le ferry pour les îles Shetland et quelques énormes bateaux de ravitaillement des plates-formes pétrolières. « C’est beau, n’est ce pas ? », lancent les trois dynamiques retraitées.

En ce début octobre, elles ont pris leur matinée pour faire visiter et surtout défendre l’existence de St Fittick’s Park, un étonnant espace vert coincé entre le golf et, plus au sud, le chantier du nouveau port d’Aberdeen, capitale britannique des hydrocarbures. Des zones humides prévues contre les inondations, des dizaines d’espèces d’oiseaux, un vieux cimetière, des jardins partagés, une plaine de jeux : ce petit poumon vert de 12 hectares est fréquenté par les habitants du quartier de Torry, « un ancien village de pêcheurs, [qui] a toujours eu mauvaise réputation parce qu’il est pauvre », précise Lesley-Anne Mulholland, une habitante du quartier.

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Mais ce havre de nature, bordé par un incinérateur et une usine de traitement des eaux, est convoité par une entreprise locale, ETZ Ltd, qui veut en faire une « zone de transition énergétique ». En 2020, son instigateur, Ian Wood, un enfant de Torry ayant fait fortune dans les hydrocarbures, a obtenu le feu vert, à une voix près, du conseil municipal d’Aberdeen (tenu par une exotique coalition conservateurs-travaillistes). Sans consultation préalable des habitants.

Lesley-Anne Mulholland (en noir au dessus de la pancarte ) et les « amis de St Fittick’s », au St Fittick’s Park, à Aberdeen (Royaume-Uni), le 3 octobre 2021.

« Projet pas cohérent »

Depuis, constitués en association, ces derniers se démènent pour empêcher le sacrifice de leur parc au nom d’une transition verte qu’ils trouvent injuste. « On n’a toujours pas compris ce que M. Wood compte installer ici, on nous oppose le secret commercial. Cet espace paraît bien petit pour y monter les turbines des éoliennes en mer », juge Ishbel Shand. « On nous dit qu’ETZ pourrait générer 2 500 emplois sur dix ans, mais d’où sort ce chiffre ? Les fermes éoliennes en mer ne créent que quelques centaines d’emploi chacune », ajoute cette ex-biochimiste.

« C’est essentiel pour la santé mentale et physique des gens des villes d’avoir des espaces verts, et c’est bon pour l’environnement », note Susan Smith. « Dix mille personnes vivent ici, complète Lesley-Anne, en désignant des logements sociaux tous gris en lisière du parc. Pendant le confinement, il a été un espace précieux. Ceux qui veulent le supprimer n’en ont rien à faire de sauver la planète, ils veulent surtout gagner de l’argent. » Contacté, un porte-parole d’ETZ Ltd assure qu’« il est prioritaire que les bénéfices du projet soient étendus et que les citoyens qui vivent et travaillent près de la zone de transition énergétique en profitent ».

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