Adam Driver, un ovni à Hollywood

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Publié aujourd’hui à 01h42

Adam Driver à Cleveland, dans l’Ohio, le 16 juin 2021.

Le 6 juillet, Adam Driver sera à l’ouverture de Cannes. Comme en 2019, lors de la dernière édition « physique » du Festival, l’acteur foulera le tapis rouge, gravira les marches et, tout en haut, saluera le président, Pierre Lescure, et le délégué général, Thierry Frémaux. Il prendra place dans le grand amphithéâtre Lumière entouré de Marion Cotillard et de Leos Carax. Annette, le film chanté du cinéaste français, dans lequel il tient le premier rôle, aux côtés de l’actrice de La Môme, lancera la compétition. Et avant même que la chanson So May We Start, des Sparks, ne résonne en introduction, Adam Driver se sera éclipsé. Pendant plus de deux heures, il se dissimulera dans le Palais des festivals. A l’approche du générique de fin, il retournera dans la salle pour saluer le public et recevoir les applaudissements.

La présence de l’acteur à l’écran est très attendue. D’une part, parce qu’il s’agit d’un film de Leos Carax, un cinéaste rare – seulement six longs-métrages en trente-sept ans –, jouissant d’une aura sans équivalent pour les cinéphiles, qui commentent ses plans ouvragés autant que ses tournages délirants. D’autre part, parce que le film, présenté en ouverture du 74e Festival de Cannes, après une édition 2020 tronquée et des mois de fermeture des salles, sonne le grand retour du cinéma. Il raconte l’amour tragique, dans un Los Angeles crépusculaire, entre un comique au jeu ­animal et une soprano à la grâce fragile, la carrière de l’un qui s’écroule et celle de l’autre qui s’envole. Et l’enfant, Annette, qui naît de cette union.

Adam Driver n’est pas gêné par sa prestation dans Annette. Mais il ne regarde pas ses propres films. Comme lors de ses derniers passages à Cannes, pour The Dead Don’t Die (2019), de Jim Jarmusch, dans lequel il interprète un officier de police confronté à des zombies, BlacKkKlansman (2018), de Spike Lee, où il incarne un agent juif du FBI infiltrant le Ku Klux Klan, ou Paterson (2016), de Jim Jarmusch, dans lequel il joue un poète. Quand on lui demande si celui-ci fera exception, il répond : « Non, non, et non. Toujours pas vu. » Sur l’écran grâce auquel a lieu l’entretien, on le voit secouer la tête pendant plusieurs secondes. Puis ajouter, au bout d’un long silence, qu’il ne le verra pas.

Image trouble

La cassure date de 2011. Adam Driver n’a alors que très peu tourné quand l’actrice Lena Dunham lui confie un rôle dans Girls, la série qu’elle vient de créer pour HBO, qui relate les affres de quatre jeunes femmes new-yorkaises, version modernisée de Sex and the City. Elle lui montre ses scènes. Sur l’ordinateur de la jeune femme, il se voit nu, en plein acte sexuel, dans le rôle de son petit ami occasionnel, acteur de profession, à la psychologie fragile et à la sensualité brute. « Je me suis dit que je n’aurai plus jamais la force de me regarder sur un écran. »

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