Adèle Haenel dans les eaux incestueuses de « L’Etang »

Adèle Haenel dans « L’Etang », en janvier 2019 au Théâtre Nanterre-Amandiers.

Adèle Haenel marche à grands pas dans un paysage qui semble taillé à sa mesure. Silhouette nette, cheveux courts, longiligne et androgyne, sur fond de cathédrale industrielle monumentale. A Essen, comme dans le reste de la Ruhr, en Allemagne, les anciennes aciéries ont été reconverties en lieux de culture. En cette fin août, avant de venir au Festival d’automne, Adèle H. y joue dans L’Etang, un spectacle de Gisèle Vienne d’après un texte de Robert Walser.

Le décor lui va bien, c’est comme si elle venait superposer un plan de modernité à un autre. A Essen, elle est loin du cinéma, des polémiques autour de #metoo, des débats qui tournent en rond autour de « la séparation entre l’homme et l’artiste ». Elle parle allemand couramment, avec un plaisir évident. Et, dans L’Etang, elle est tout simplement stupéfiante, dans un registre à mille lieues du réalisme cinématographique, montrant l’étendue de son talent.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Gisèle Vienne : « Mon art dit le combat que je mène »

Le théâtre a toujours été là, mais elle y est revenue petit à petit, après le démarrage en flèche de sa carrière au cinéma. Elle en a fait toute son enfance, dans une maison de quartier à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Elle prétend pourtant qu’elle était « au niveau zéro » quand l’autrice et plasticienne Valérie Mréjen est venue la chercher, au début des années 2010, pour lui demander de lire sur scène un texte du mystérieux auteur allemand W. G. Sebald.

Maîtrise du tempo

Puis Arthur Nauzyciel lui a proposé de jouer Macha dans La Mouette, de Tchekhov, qu’il mettait en scène dans la Cour d’honneur du Palais des papes, à Avignon, en 2012. Adèle Haenel a « sauté sur l’occasion ». « J’avais très envie de développer un chemin au théâtre. On y apprend beaucoup plus qu’au cinéma : comment mettre du volume dans un texte, comprendre l’usage du corps… Et puis, sur scène, on a la maîtrise du rythme, du tempo, alors qu’on l’a beaucoup moins au cinéma, ou de manière plus fragmentaire. Le théâtre offre la possibilité d’explorer beaucoup plus profondément l’art de l’acteur, le domaine du jeu. Au cinéma, on peut s’en sortir en ayant une sorte de mélodie personnelle et spontanée, mais, au théâtre, cela ne suffit pas. »

Adèle Haenel a donc poursuivi son chemin, avec la liberté qui est la sienne. En compagnie de sa camarade Maïa Sandoz, croisée sur le tournage de L’Apollonide, de Bertrand Bonello, elle est partie sur les routes de France jouer une trilogie du jeune auteur Marius von Mayenburg. Elle a tâté du théâtre privé, avec C’était hier, d’Harold Pinter, expérience qu’elle a trouvée « peu concluante ».

Il vous reste 54.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.